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RLE ET QUARTIER
de bacheliers, de docteurs, de casuistcs, pédants de toute espèce, detout âge, de toute nation, cohue bariolée de mille couleurs, débrailléeet fourrée d'hermine, grave et tapageuse, tachée d’encre et de vin , avidede science, et, la leçon finie, se ruant au cabaret pêle-mêle avec lestruands et les filles de joie ? N’entendez-vous pas les cris de l’école, lesdisputes sur la logique et les catégories d’Aristote , les anathèmes lancéscontre les appelants de la bulle Unigenitus, les censures prononcéescontre les Lettres Provinciales et Bélisaire ? N’assistez-vous pas à l’ex-humation complète d’une époque passée sans retour, et cela naturelle-ment, sans effort, presque malgré vous? Vous est-il possible de séparerle mot de la chose, l’idée du fait?
Tant que vous verrez gravé à l’angle d’une rue un nom aussi signifi-catif que celui de la Sorbonne, ne craignez pas de voir périr le souvenirdes événements qui se rattachent à ce nom. En vain les habitudes, lesmoeurs, les industries modernes, tenteront l'invasion de cette rue; envain vous la sillonnerez d’omnibus, vous la criblerez de cafés, vous laconstellerez de becs de gaz, vous ne parviendrez jamais à lui ôter son ca-ractère originel, car le nom qu’elle porte est sa sauve-garde, car le passéest le bouclier du présent. Oui, jusqu’à ce que vous ayez remplacé sonnom historique par le nom banal de quelque préfet ou de quelque agentde la grande voirie, la rue de la Sorbonne restera ce qu’elle a été, le quar-tier-général, le saint des saints des écoles.
Cette rue, qui commence à celle desMathurins, en face de l’hôtel Cluny,et qui aboutit à la place de la Sorbonne, n’a d’antre histoire que celle dela Sorbonne elle-même; et la Sorbonne étant, comme nous l'avons dit, lenoyau, le cœur, la capitale d'un empire qui avait ses mœurs, ses lois, samilice, ses tribunaux particuliers, il suit que cet empire entier est notredomaine légitime, et que nous avons le droit incontestable de l’explorerdans toute son étendue. La rue de la Sorbonne sera donc l’observatoired’ou notre œil rayonnera surles régions environnantes, d’où nous recueil-lerons tous les faits du même ordre qui doivent entrer dans la compositionde notre tableau. Notre cadre embrassera tout l’espace compris entre la ruedes Matlnirins, la rue de la Harpe, la rue des Grésetlarue Saint-Jacques.
Il n’est pas nécessaire d’avoir creusé et étudié à fond l’histoire duvieux Pans, pour savoir que la plupart des collèges, écoles et asiles del’ancienne Université étaient renfermés dans cet étroit espace. Beaucoupde ces monuments ont disparu, mais il en reste encore assez pour don-nera l’ensemble du quartier une physionomie singulièrement originale.Les maisons hautes, étroites, pignonnées, trouées de petites fenêtres,qui se heurtent, se coudoient et grimpent les unes sur les autres, sansordre, sans symétrie, sont les collèges de Seez, de Narbonne , de Baveux,de Justice. Quel est cet hôtel garni qui empiète audacieusement sur la