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connue s'eteignit la voix des recluses. A la place où éclatait le bruit descombats, où montaient jusqu'au ciel les hymnes monastiques, vous en-tendrez hurler des refrains animés; vous entendrez grincer les accordsdes guinguettes provoquant les passants aux ébats de la Tcrpsichoreun peu nue qui régne sans rivale dans ces parages-là.
Le plan de Paris sous Philippe-Auguste , venu, grâce au hasard, jus-qu'à nous, constate une la rue Montmartre faisait partie delà clôturefortifiée construite par le susdit prince, aux frais des bourgeois de laville, en l'an de grâce 1190. L'église Saint-Eustache et la hutte Mont-martre se disputèrent assez longtemps l'honneur de lui donner leur nom.La hutte finit par triompher : l'usage décida que la porte s’appelleraitPorte Montmartre, et quand elle périt au bout de cent soixante-six ansd’existence , elle transmit â son héritière ce nom désormais consacré.C’était en 155G, année de deuil et de désastres. La (leur de la noblesseétait morte â Poitiers, le roi Jean était pris, l’Anglais victorieux, la France à deux doigts de sa perte, et la capitale du royaume â la merci de l’en-nemi. Un homme ne désespéra pas ; cet homme fut Etienne Marcel , lefameux prévôt des marchands. Quelques mois lui suffirent pour mettreParis en état de défense. A l’aide de trois cents ouvriers et d'une sommeéquivalente à un million de notre monnaie , il restaure, il rehausse, ilaugmente, il équipe les vieux remparts de Philippe-Auguste . Vers le nord,où la ville, â l'étroit dans ses murs, débordait à grands Ilots au dehorsde la digue, il en élargit la ceinture; et c’est ainsi que la nouvelleporte, pourvue d’un pont-levis et flanquée de tourelles, se trouve, dupoint où d’abord fut assise sa sœur aînée, transférée à seize piedsen deçà de la rue Neuve-Sainl-Eustache, autrefois rue Saint-Côme duMilieu des Fossés.
Non loin de la première porte Montmartre, Charles A 7 , vers l’an 1570, fitbâtir une somptueuse et vaste résidence, surnommée 1 e Séjour du roi.C’était la mode en ce temps-là, chez les princes et les grands seigneurs, deposséder dans les faubourgs ou les alentours de la ville une sorte desuccursale de leur palais, de villa, de maison de plaisance, connue sousle titre de Séjour. Celui du roi, qui fut. à son apparition , salué commeune merveille, se composait de six corps de logis, d’une chapelle, d’unjardin, de trois cours, sans préjudice d’une grange. Le jardin , qui com-prenait en outre, écuries, manège et promenade, à l’usage des coursiersde cérémonie , dits Grands Chenaux du Séjour du roi, s’émaillait de milleHeurs charmantes, s’ombrageait de mille arbres touffus. Le château,retraite favorite de Charles V et de sa cour, brillait de toutes les recher-ches de l’art, du goût, de l’élégance et du luxe contemporains. A un sièclede là, de ce royal asile, de toutes ces richesses, de toutes ces splendeurs,qu'avaient fait le temps, l'abandon et surtout la guerre intestine? un dé-