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Tome second.
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LES l'UNTS.

Il ser ' ; de donner ici une analyse des farces de Tabarin , dont

quelques-unes ont été empruntées par Molière, celle du sac de Scapin ,par exemple. Quelquefois, Monder et Tabarin se proposaient des ques-tions, des énigmes, dont la solution ou le mot était toujours une épi-gramme :

Qu’aimerais-tu mieux, demande Tabarin à Mondor, être un âne ou uncheval? — Un cheval, répond Mondor. — Et moi un âne, réplique Taba-rin , parce que les chevaux ont la peine de courir les bénéfices, et les ânesn’ont qu’à les prendre.

Souvent l’épigramme était joyeuse jusqu’à la licence, mais n’en étaitque plus gaîment acceptée par le public. Les dames de la cour ne dédai-gnaient ni les bons mots de Tabarin , ni son baume, ni son opiat, ni sespommades. Peut-être même n’allaient-elles acheter les précieuses droguesde l'empirique que pour avoir une occasion d’entendre décemment lesgaudrioles du charlatan. — Le recueil général des Œuvres et fantaisies deTabarin eut six éditions! Cependant, soit que les commères de la Citéfussent devenues trop prudes, soit que le goût se fût épuré, comme diraitun moraliste classique, le pauvre Mondor fut forcé par ordre du parle-ment de fermer boutique en 1034. Les voisins se plaignaient de ce que« lui et les autres charlatans du Pont-Neuf chantaient des chansons» scandaleuses et faisaient des actions mal séantes. »

Les jongleurs détalèrent, et avec eux s’en alla la grosse gaîté française.Le Pont-Neuf n’en fut pas moins le rendez-vous général des oisifs, destipelaines, des mendiants, qui venaient s’y chauffer au soleil et faire lacour au roi de bronze, comme dit le poète Saint-Amand, dans la Chroni-que du Pont-Neuf . Les poètes y venaient aussi pour avoir chaud et pours’inspirer dans la foule. Ilélas! l’abbé Levayer raconte qu’un pauvrepoète vint sur le Pont-Neuf proposer à un charlatan de se faire arracherdeux dents pour dix sous, avec promesse de jurer ses grands dieux auxassistants qu’il n’avait pas ressenti la moindre douleur! Le Roi de bronzedont parle Saint-Amand n'est pas celui que nous voyons maintenant, surle Pont-Neuf. Nous allons en quelques lignes tracer l’histoire des deuxrois de bronze : c’est un grand exemple de la fatalité de notre destinéeque celle du premier cheval sur lequel on fit monter Henri IV . D’abordil n’avait point été fait pour son cavalier. Ferdinand, duc de Toscane ,l’avait fait faire pour lui, ou du moins pour sa statue, par Jean de Bou-logne, élève de Michel-Ange . Mais, Ferdinand étant mort, Corne II fit ca-deau du palefroi de son prédécesseur à Marie de Médicis , régente deFrance . C’était s’épargner adroitement les frais d'une statue. On l’embar-qua ; il fit naufrage, et le voilà cheval marin pendant un an sur les côtesde la Normandie . Il fut retiré à grands frais du fond de la mer, et ilreparut à Paris au mois déniai 1014 : debout sur le piédestal qu’on lui