Band 
Tome second.
Seite
342
JPEG-Download
 

LliS HOU LEVA BTS.

Mi

tic plus singulier, île plus somptueux que le sanctuaire de cet adorateurdelà collection ; c’est un pêle-mêle bizarre, incroyable, fabuleux : desmeubles sculptés dans tous les goûts, dans tous les styles, et de millelaçons étranges ; des monuments d'histoire, d’art et de poésie; des chefs-d’œuvre de ciselure, des dessins et des toiles de toutes les écoles; desantiquités profanes qui. sentent furieusement le paganisme, mêlées à desreliques pieuses qui respirent encore le parfum de la chasteté chré-tienne; les croyances, les siècles et les nations, confondus dans ledésordre le plus capricieux : Cléopâtre et Marie-Madeleine; Messaline etmadame Dubarry ; Sardanapalect S. M. Louis XV ; de jolies filles de Wal-teau et des magots de la Chine ; des amours bouffis qui effleurent, eubadinant, la sainte épée de Jeanne d’Arc; des bas-reliefs, des camées,des glaces de Venise et des momies !... Cette magnifique salle est le saloncarré du Louvre de notre collectionneur.

En visitant M. Pierre Lambert, dans l’intérêt de mon histoire des bou-levarts, je commençai par admirer ses bric-à-brac du xvm' siècle, parceque je lui connaissais une secrète préférence pour le rococo du règneamoureux de madame de Pompadour.

«Mon cher savant, mon cher archéologue, mon cher antiquaire, luidis-je en prenant un éventail de Vauloo qui cachait presque une ligureérotique, en arrivant dans cette salle, dans cette Thébaïde de la fantaisiespirituelle, j’admire dans toutes ces frivolités luxueuses le caprice et lebonheur des riches d’autrefois; près de vous, le siècle de Louis XV s’é-lance tout-à-coup, à mes yeux, de son obscure poussière, dépouillé deson beau linceul de soie et de dentelle : vous l’avez obligé à revivre toutentier, à grands frais de patience, d’imagination et d’argent; vous avez re-cueilli, une à une, toutes les merveilles mignardes du xvm' siècle; vousavez cherché dans ces futilités mondaines la robe de madame de Li-gnolle et les mouches de la marquise de B*** ; vous avez découvert toutela défroque pailletée des coureurs de ruelles et des héros de petitesmaisons ; vrai Dieu ! en admirant ces frivoles reliques,, l’on croit assisterau spectacle de l’impertinence et de la galanterie de l’ancien régime !A ces causes, mon cher M. Lambert, votre maison historique doit figurerdans mon histoire des boulevarts.

— Quelle est cette histoire? me répondit le collectionneur.

— Un chapitre bien difficile, et qu’il me faut insérer dans le livre desRues de Paris .

— Que savez-vous de la vie publique et privée des boulevarts ?

— Bien , mais j’ai compté sur vous pour en apprendre quelquechose.

— Qu’à cela ne tienne, mon jeune ami ; questionnez-moi : je répondraià vos questions les plus indiscrètes.