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M lu Lenormand, qui vient, du mourir, mirait dû habiter cette maisonqui t'ait le coin de la rue Saint-Claude; .c’était là que demeurait, en1782, le charlatan, le sorcier, l'aventurier Cagliostro. Le plus grandmiracle de ce faiseur de prodiges lut, à coup sûr, l’escamotage du collierde la reine; Marie-Antoinette , dans sa vertu, le cardinal de Huhau, dansson honneur déjà fort équivoque, le bijoutier de la couronne, dans sesintérêts matériels, devinrent les victimes de Cagliostro et de madamede Lamothe ; l'escroquerie du collier de la reine aurait fait honneur augénie quelque peu hasardé de Cartouche et de Mandrin.
Saluons, pour la seconde fois, au détour de la rue des Tournelles,M lu Ninon de Lenclos , cet honnête homme qui avait toutes les faiblessesd’une femme; cette courtisane émérite qui fut toujours jeune ; cette mal-heureuse mère qui eut la honte d’inspirer à son propre lils, sans le sa-voir, une passion horrible, et qui eut la douleur de le voir mourir pourelle; ce philosophe en jupon qui pensait comme Epicure , et qui agissaitcomme Aspasie ; celle protectrice de l’esprit, des belles manières, du bongoût, des beaux arts et des lettres, qui devinait le génie du jeune Arouetde Voltaire en lui léguant une bibliothèque pour l'inspirer, pour l’en-courager, pour l’instruire.
De Ninon de Lenclos, qui demeurait rue des Tournelles, à Marion De-lorme qui demeurait place Royale... en d’autres termes, d’Aspasie à Laisil n’y a que la distance d’une jolie main ; baisons cette petite main, leplus longtemps qu’il nous sera possible, et parlons un peu de Marion.
N’était-ce point là une folle raisonnable, une folle spirituelle, dont lavie fut une puissance amoureuse, et qui se moqua, le plus gaimentdu monde, de toutes les seigneuries de France et de Navarre? Cettefrivole héroïne, cette reine des plaisirs, dont le sceptre était un éventail,le diadème une couronne de fleurs, le palais un vaste boudoir, le peupletoute la jeunesse illustre de la cour et de la ville, vivait et brillait dansParis au beau milieu du xvir siècle; dans les meilleurs jours de sonrègne, celte souveraine insensée était encore bien jeune pour une femmeà la mode : on lui donnait vingt-huit ans, à la première vue, à la pre-mière œillade, au premiersoupir, etla coquette n’en voulait guère accepterque vingt-cinq ; la vérité de l’histoire m'oblige à vous dire qu’elle enavait trente.
Une beauté merveilleuse, des trésors de coquetterie inépuisables, desintrigues sans lin, une galanterie espagnole, italienne et française tout àla fois, une richesse apparente, un luxe insolent, beaucoup d’extravagance,une audace à l’épreuve, des plaisirs un peu publics, tout cela avait valuà une courtisane en chaise à porteurs, à une aventurière en carrosse, jene sais quelle influence mystérieuse, une royauté fort équivoque sansdoute, mais-une royauté charmante, une usurpation naturelle qui com-
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