COMPOSIT. LïTTÉR. DE FRÉDÉRIC. ! 20
Je relaterai ici une anecdote peu importantesans doute, mais qui néanmoins semble pou-voir entrer dans des souvenirs. Mon fils , âgéalors d’environ sept ans , avait tant parcouruVersailles et les bosquets, que vers le soir, etpendant le temps que nous attendîmes le roi,fi ne pouvait plus résister au sommeil. Sa mèrelui conseilla de se promener; mais il eut àpeine fait quelques pas , qu’il tomba tout deson long sur le parquet : un jeune seigneurle relevait déjà lorsque j’arrivai à lui... « Com-»ment, lui dis-je, la première fois que tu pa-îtrais à la cour tu y fais une chute aussi com-» plète ! Ah ! mon ami, souviens-toi toute ta» vie qu’à la cour on glisse facilement et qu’il» ne faut jamais s’y endormir ! »
Après sa belle exclamation, Frédéric ne meparla plus de Versailles , et passant à d’autresobjets, il me demanda si en général, à lacour, à Paris , ou dans les provinces, j’avaisobservé qu’il se_ fût introduit quelques diffé-rences dans les moeurs, les modes et les-opi-nions , depuis l’époque où j’avais quitté laFrance : je lui répondis que les opinions m’a-vaient assez paru les mêmes ; que je m’étaistrop peu arrêté pour m’occuper des mœurs;