88 FRÉUÉRIC-LE-GRAND ET SA FAMILLE.
il me suffira d’ajouter que de tout temps je luiai vu une amitié sincère et pleine d’estime pourd’Alembert, quoiqu’il ait fait quelques épi-grammes contre lui, et qu’il m’ait dit un soir :« Comment notre ami d’Alembert a-t-il pu» avancer qu’il faudrait enseigner l’histoire à» rebours, c’est-à-dire remonter des effets au» causes au lieu de descendre des causes aux» effets? Je n’ai jamais compris qu’un homme» d’un si bon esprit ait pu s’arrêter à une idée«aussi peu raisonnable; et je crois qu’il n’a«voulu en cela que s’amuser, et essayer s’il» pourrait faire passer un si étrange paradoxe. »Ma conclusion est qu’il faut véritablementvouloir être trompeur ou trompé, pour jugerdes opinions philosophiques de ce roi d’aprèsla manière dont il a souvent parlé de teis outels philosophes. C’est le voir tout autre qu’iln’était, et méconnaître à la fois la fermeté deson caractère, et la liberté toujours indépen-dante de son esprit. On veut appuyer de tout lecrédit d’un grand homme la cause que l’on croitdevoir défendre ; et que fait-on ? on rappetissece grand homme en lui prêtant des faiblessesqu’il n’a pas eues. On regarde des principescomme vrais; on veut les soutenir à tout