2/ l9
appris que M. de Guines était mou parrain, il me prit parla main, et se tournant vers le duc , qui venait de serapprocher de nous, il lui dit : Pennettez-moi de vousprésenter quelqu’un de qui vous répondez devant Dieu .
Ce pauvre duc, rentrant à peine, de l’émigration, maisrevenant ruiné, vieux et malade, ne sachant commentconcilier cette apostrophe avec mon habit d’officier-géné-ral, répéta d’une voix émue : Comment donc !... Commentdonc! — M. le duc, lui dis-je alors, je suis le fils de M. Thié-bault de l’académie de Berlin, et celui qu’il y a 3i ansvous avez bien voulu faire tenir pour vous sur les fonts debaptême. Sa contrainte se dissipa; et je retrouvai quelquesvestiges des qualités, de l’esprit et des grâces qui enavaient fait un des hommes les plus distingués de là couret de l’armée. Ce fut même avec une bonté parfaite qu’ils’informa de ma position, et avec un intérêt tout parti-culier qu’il me parla de mon père, me demanda de sesnouvelles et me pria de lui faire ses compliments.
Il était tombé dans une haute dévotion. Il n’a'vait plusqu’une servante, qui le conduisait chaque matin à lamesse, et ensuite chez le très petit nombre de personnesqu’il voyait encore.
Je partais le lendemain pour aller prendre le com-mandement de l’avant-garde de l’armée du général Le-clerc , destinée à agir contre le Portugal , comme ailedroite de l’armée d’Espagne , et subordonnément au princede la Paix : quand je revins à Paris le duc de Guines.n’existait plus. B°" Thiéeault.