Sur la nature vu plaisir. 41
Par-tout d’un Dieu clément la bonté salutaireAttache à vos besoins un plaisir nécessaire.
Les mortels en un mot n’ont point d’autre moteur.
Sans Paîtrait du plaisir, fans ce charme vainqueur,Oui des lois de l’hymen eût subi l’esclavage ?
Quelle beauté jamais aurait eu le courageDe porter un enfant dans son sein renfermé,
Qui déchire en naissant les flancs qui Pont formé?
De conduire avec crainte une enfance imbécile ,
Et d’un âge fougueux l’imprudence indocile ?
Ah ! dans tous vos états, en tout temps , en tout lieu -,Mortels , à vos plaisirs reconnaissez un Dieu.
Que dis-je ? à vos plaisirs ! c’est à la douleur mêmeQue je connais de Dieu la sagesse suprême.
Ce sentiment si prompt dans nos corps répandu,Parmi tous nos dangers sentinelle assidu ,
D’une voix salutaire incessamment nous crie :
Ménagez, défendez , conservez votre vie.
Chez de sombres dévots l’amour propre est damné ;C’est Pennemi de l’homme, aux enfers il est né.
Vous vous trompez, ingrats, c’est un don de Dieu même.Tout amour vient du ciel ; Dieu nous chérit, ils’aime. (d)Nous nous aimons dans nous,dans nos biens, dans nos fils,Dans nos concitoyens , surtout dans nos amis :
Cet amour nécessaire est l’ame de notre ame ;
Notre esprit est porté sur ses ailes de flamme.
Oui, pour nous élever aux grandes actions ,
Dieu nous a par bonté donné les passions, (e)
Tout dangereux qu’il est , c’est un présent céleste ;
L’usage en est heureux, si l’abus est funeste.
J’admire 8c ne plains point un cœur maître de foi,Qui tenant ses désirs enchaînés fous fa loi,