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Tome douzieme.
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De la nature de l’homme. 47

Cet ordre si caché de tant d’êtres divers,

Que Pope après Platon crut voir dans l’univers.

Vous me pressez en vain. Cette vaste science,

Ou passe ma portée , ou me force au silence.

Mon esprit resserré sous le compas français,

N’a point la liberté des Grecs 8c des Anglais.

Pope a droit de tout dire, Sc moi je dois me taire.

A Bourge un Bachelier peut percer ce mystère.

Je n'ai point mes degrés, 8c je ne prétends pasHasarder pour un mot de dangereux combats.Ecoutez seulement un récit véritable ,

Que peut-être Fourmont ( a ) prendra pour une sable;Et que je lus hier dans un livre chinois ,

Qu'u n jésuite à Pékin traduisit autrefois.

Un jour quelques souris se disaient P une à l’autre :Que ce monde est charmant ! quel empire est le nôtre !Ce palais si superbe est élevé pour nous ;

De toute éternité Dieu nous fit ces grands trous.Vois-tu ces gras jambons fous cette voûte obscure?Us y surent créés des mains de la nature.

Ces montagnes de lard , éternels alimens ,

Sont pour nous en ces lieux jusqu'à la fin des temps.Oui, nous sommes, grand Dieu , si l’on en croit nos sages,Le chef-d’œuvre, la fin, le but de tes ouvrages.

Les chats font dangereux 8c prompts à nous manger;Mais c'est pour nous instruire 8c pour nous corriger.

Plus loin , fur le duvet d’une herbe renaissante ,Près des bois, près des eaux, une troupe innocenteDe canards nasillans, de dindons rengorgés,

De gros moutons bêlans , que leur laine a chargés,Disaient : tout est à nous, bois, prés, étangs, montagnes ;Le Ciel pour nos besoins fait verdir les campagnes.