De la nature de l’homme. 5 i
Contentons-nous des biens qui nous font destinés,Passagers comme nous 8c comme nous bornés :
Sans rechercher en vain ce que peut notre maître,Ce que fut notre monde 8c ce qu’il devrait être,Observons ce qu’il est, 8c recueillons le fruitDes trésors qu’il renferme 8c des biens qu’il produit.Si du Dieu qui nous fit l’éternelle puissanceEût à deux jours au plus borné notre existence,
11 nous aurait fait grâce ; il faudrait consumerCes deux jours de la vie à lui plaire, à l’aimer :
Le temps est assez long pour quiconque en profite ;Qui travaille 8c qui pense en étend la limite.
On peut vivre beaucoup fans végéter long-temps :
Et je vais te prouver par mes raifonnemens.
Mais malheur à Fauteur qui veut toujours instruire !Le secret d’ennuyer est celui de tout dire.
C’est ainsi que ma muse, avec simplicité,
Sur des tons différens chantait la vérité,
Lorsque de la nature éclaircissant les voiles ,
Nos Français à Quito cherchaient d’autres étoiles;Que Clairault, Maupertuis, entourés déglaçons,D’un secteur à lunette étonnaient les Lapons ,
Tandis que d’une main stérilement vantée , ( i )
Le hardi Vaucanson, rival de Prométhée,
Semblait, de la nature imitant les ressorts ,
Prendre le feu des cieux pour animer les corps.
Pour moi, loin des cités, fur les bords du Permesse,Je suivais la natur^, Sc cherchais la sagesse ;
Et des bords de la sphère où s’emporta Milton ,
Et de ceux de l’abyme où pénétra Newton,
Je les voyais franchir leur carrière infinie ;
Amant de tous les arts 8c de tout grand génie ,
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