surleTempleduGout. 139
l’on aimait la vérité plus que la satire Sc où l'onsavait louer sans flatterie.
S’il avait été question de faire Un Traité duGoût,on aurait prié les de Côtes 8c les Beaufrancs de parlerd’architecture, les Coypels de définir leur art avecesprit, les Dejlouches de dire quelles font les grâcesde la musique , les Crébillons de peindre la terreurqui doit animer le théâtre : pour peu que chacund eux eût voulu dire ce qu’il fait, cela aurait faitun gros in-folio ; mais on s’est contenté de mettreen général les sentimens du public dans un petitécrit fans conséquence, Sc je me fuis chargé uni-quement de tenir la plume.
II me reste à dire un mot sur notre jeune noblessequi emploie 1 heureux loisir de la paix à cultiverles lettres Sc les arts ; bien différente en cela desaugustes Visigoths leurs ancêtres, qui ne savaientpas signer leurs noms. S’il y a encore dans notrenation si polie quelques barbares Sc quelques mau-vais plaisans qui osent désapprouver des occupationssi estimables , on peut assurer qu’ils en feraientautant, s’ils le pouvaient. Je fuis très persuadéque quand un homme ne cultive point un talent,c’est qu’il ne l’a pas ; qu’il n’y a personne qui nefìt des vers , s’il était né poète ; Sc de la musique ,s’il était né musicien.
II faut seulement que les graves critiques , auxyeux desquels il n’y a d’amusement honorable dansle monde que le lansquenet Sc le biribi , sachent queles courtisans de Louis XIV, au retour de la conquête