Band 
Tome douzieme.
Seite
146
JPEG-Download
 

146 le Temple du Goût.

Tel un dévot infatigable ,

Dans l'étroit chemin du salut,

Est cent fois tenté par le diable,

Avant d’arriver à son but. (d)

C’était un concert que donnait un homme derobe, fou de la musique qu’il n’avait jamais apprise,8c encore plus fou de la musique italienne, qu’il neconnaissait que par de mauvais airs inconnus àRome, 8c estropiés en France par quelques fillesde l’opéra.

11 fêlait exécuter alors un long récitatif français ,mis en musique par un italien qui ne savait pasnotre langue. En vain on lui remontra que cetteespèce de musique, qui n’est qu’une déclamationnotée , est nécessairement asservie au génie de lalangue, 8c qu’il n’y a rien de si ridicule que desscènes françaises chantées à l’italienne , si ce n’estde l’italien chanté dans le goût français.

La nature féconde, ingénieuse 8c sage,

Par ses dons partagés ornant cet univers,

Parle à tous les humains, mais fur des tons divers.Ainsi que son esprit, tout peuple a son langage,

8es sons 8c ses accens, à fa voix ajustés,

Des mains de la nature exactement notés :

L’oreille heureuse Sc fine en sent la différence.

Sur le ton des Français il faut chanter en France.Aux lois de notre goût Lully fut se ranger ;

.11 embellit notre art au lieu de le changer.

A ces paroles judicieuses , mon homme réponditen secouant la tête : Venez , venez , dit-il, on va