Band 
Tome douzieme.
Seite
377
JPEG-Download
 

La Bastille. Z77

Que Dieu vous gard’ d’un pareil logement !J’arrive enfin dans mon appartement.

Certain croquant , avec douce manière ,

Du nouveau gîte exaltait les beautés ,

Perfections, aises, commodités:

Jamais Phébus, dit-il, dans fa carrière,

De ses rayons n’y porta la lumière :

Voyez ces murs de dix pieds d’épaisseur;

Vous y ferez avec plus de fraîcheur:

Puis me fêlant admirer la clôture ,

Triple la porte & triple la serrure ,

Grilles, verroux , barreaux de tout côté ;

C’est , me dit-il, pour votre sûreté.

Midi sonnant, un chaudeau l’on m’apporte ;

La chère n’est délicate, ni sorte;

De ce beau mets je n’étais point tenté ;

Mais on me dit : c’est pour votre santé,

Mangez en paix, ici rien ne vous preste.

Me voici donc en ce lieu de détresse,

Embastillé , logé fort à l’étroit,

Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid,Trahi de tous, même de ma maîtresse.

O Marc René , ( 2 ) que Caton le censeurJadis dans Rome eût pris pour successeur ,

O Marc René , de qui la faveur grandeFait ici-bas tant de gens murmurer ;

Vos beaux avis m’ont fait claquemurer;

Oue quelque jour le bon Dieu vous le rende !

FIN