'PREFACE.
83
De la contrainte rigoureuseOù l’esprit semble resserré ,
II reçoit cette force heureuseOui l’élève au plus haut degré.
Telle, dans des canaux pressée,
Avec plus de force élancéeT'onde s’élève dans les airs ;
Et la règle qui semble austère ,
N’est qu’un art plus certain de plaire,
Inséparable des beaux vers.
Je n 1 ai jamais vu de comparaison plus juste,plus gracieuse, ni mieux exprimée. M. de laMotte , qui n’eût dû y répondre qu en l’imítantseulement, examine si ce sont les canaux qui fontque seau s'élève, ou si c’est la hauteur dont elletombe qui fait la mesure de son élévation. Or oùtrouvera-t-on , continue-t-il, dans les vers plutôt quedans la prose , cette première hauteur de pensées ? <bc.
Je crois que M. de la Motte se trompe commephysicien ; puisquil est certain que, sans la gênedes canaux dont il s’agit , l’eau ne s’élèveraítpoint du tout, de quelque hauteur quelle tombât.Mais ne se trompe-t-il pas encore plus commepoète ? Comment n’a -1 - il pas senti, que, commela gêne de la mesure des vers produit uneharmonie agréable à l’oreille, ainsi cette prisonoù l’eau coule renfermée produit un jet d’eauqui plaît à la vue ? La comparaison n est-ellepas aulsi juste que riante ? M. de la Faye a pris
F 2