Band 
Tome troisieme.
Seite
52
JPEG-Download
 

52

Z U L I M E.

R A M I R E.

Crois-moi, l’humanité règne au fond de ce cœur,

Qui pardonne à ton doute , 8c qui plaint ton malheur :L’honneur est dans ce cœur qui brava la misère.Benassar.

Tu ne braves, ingrat, que les larmes d’un père :

Tu laisses le poignard dans ce cœur déchiré;

Tu pars, 8c cet assaut est encor différé.

La mer t'o uvre ses flots, pour enlever ta proie ;

Hé bien, prends donc pitié des pleurs où je me noie;Prends pitié d’un vieillard, trahi, déshonoré,

D’un père, qui chérit un cœur dénaturé.

Je te crus vertueux, Ramire, autant que brave ;

Je corrigeai le fort qui te fit mon esclave :

Je te devais beaucoup, je t’en donnais le prix;

J’allais avec les tiens te rendre à ton pays.

Le ciel fait si mon cœur abhorrait l’injustice,

Qui voulait de ton sang le fatal sacrifice.

Ma fille a cru, sans doute, une indigne terreur ;

Et son aveuglement a causé son erreur.

Je t’adresse, cruel, une plainte impuissante:

Ton fol amour insulte à ma voix expirante.

Contre les passions que peut mon désespoir ?

Oue veux-tu ? je me mets moi-même en ton pouvoir :Accepte tous mes biens, je te les sacrifie;

Rends-moi mon sang, rends-moi mon honneur 8c ma vie.Tu ne me réponds rien, barbare!

Ramire.

Ecoute-moi.

Tes trésors, tes bienfaits, ta fille, font à toi.

Soit vertu, soit pitié, soit intérêt plus tendre,

Au péril de fa gloire elle osa nous défendre;