DE Z U L I M E.
85
L "amour, qui me conduit sur ces funestes bords ,
Ne m'a fait jufqu’ici sentir que des remords.
Je ne me cache point ma honte 8c mon parjure ;
J outrage mes aïeux , j offense la nature:
Mais Ramire expirait, Sc vous alliez périr ;
Ouci qu il en ait coûté, j’ai dû vous secourir.
Le fier Egyptien , dont 1 orgueil téméraireDomine insolemment dans 1 Etat de mon père ;
Sur Ramire 8c fur vous était prêt à vengerNos soldats, qu’à Valence on venait dégorger.
Des nations, dit-on , tel est le droit horrible.
La vengeance parlait , mon père, en vain sensible „
Laissait ployer bientôt sa faible autorité
Sous le poids malheureux de ce droit détesté.
Les autels 8c les lois demandaient votre vie :
Vous savez si la mienne à la vôtre est unie 1L amitié dont mon cœur au vôtre était lié ,
L amour plus fort que tout, plus grand que f amitié,Votre danger, ma crainte, hélas ! si I on m accuse ,Voilà tous mes forfaits, mais voilà mon excusé.
Si j’ai trahi mon père 8c quitté ses Etats ,
Ciel qui me connaissez , ne m en punissez pas !
A T I D E.
Mais Ramire en est digne, il pourra désormaisPayer d un digne prix vos augustes bienfaits.
Son destin chez les siens l’appelle au rang suprême;Et puisque vous l’aimez. . .
Z U L i M E.
Atide , si je l’aime !
Tu ne 1 ignorais pas : t’ai-je jamais cachéLes secrets de ce cœur que lui seul a touché ?
Je corrigeai le sort qui te fit ma captive ;
Tu sais si j enhardis ton amitié craintive ;
Si, fuyant de mon rang la dure austérité ,
Ma tendresse entre nous remit l égalité.
Nos cœurs se confondaient ; tu vis naître en mon imeLes traits mal démêlés de ma secrète flamme.
F 3