Acte quatrième. 187
Mahomet.
Préparons donc le reste. II faut que dans une heureOn nous traîne au supplice, ou que Zopire meure.S’il meurt, c’en est assez; tout ce peuple éperduAdorera mon dieu , qui m’aura défendu.
Voilà le premier pas ; mais si tôt que SéideAura rougi ses mains de ce grand homicide,Réponds-tu qu’au trépas Séide soit livré?
Réponds-tu du poison qui lui fut préparé?
Omar.
N’en doute point.
M A H O M E T.
II saut que nos mystères sombresSoient cachés dans la mort, Sk couverts de ses ombres.Mais tout prêt à frapper, prêt à percer le flancDont Palmire a tiré la source de son sang,
Prends foin de redoubler son heureuse ignorance :Epaississons la nuit qui voile fa naissance,
Pour son propre intérêt, pour moi, pour mon bonheur.Mon triomphe en tout temps est fondé fur Terreur.Elle naquit en vain de ce sang que j’abliorre.
On n’a point de parens, alors qu’on les ignore.
Les cris du sang, sa force 8c ses impressions ,
Des cœurs toujours trompés font les illusions.
La nature à mes yeux n’est rien que l’habitude ;Celle de m’obéir fit son unique étude :
Je lui tiens lieu de tout. Qu’elle passe en mes brasSur la cendre des siens, qu’elle ne connaît pas.
Son cœur même en secret, ambitieux peut-être,Sentira quelque orgueil à captiver son maître.