6 PREFACE
son activité ; 8c depuis la géométrie la plus su-blime jusqu’à la poésie , tout est soumis à la forcede son génie.
Malgré une vingtaine de sciences qui par-tagent M. de Voltaire , malgré ses fréquentes infir-mités , 8c malgré les chagrins que lui donnentd’indignes envieux, il a conduit fa Henriade àun point de maturité où je ne sache pas qu’aucunpoème soit jamais parvenu.
On trouve toute la sagesse imaginable dansla conduite de la Henriade. L’auteur a profitédes défauts qu’on a reprochés à Homère : seschants 8c faction ont peu ou point de liaisonles uns avec les autres, ce qui leur a mérité lenom de rapsodies. Dans la Henriade on trouveune liaison intime entre tous les chants ; cen’est qu’un même sujet divisé par f ordre destemps en dix actions principales. Le dénoue-ment de la Henriade est naturel : c’est la con-version de Henri I V 8c son entrée à Paris quimet fin aux guerres civiles des ligueurs quitroublaient la France ; 8c en cela le poète françaisest infiniment supérieur au poète latin, qui netermine pas son Enéide d'une manière auísiintéressante qu’il savait commencée ; ce ne fontplus alors que les étincelles du beau feu que lelecteur admirait dans le commencement de cepoème ; on dirait que Virgile en a composé lespremiers chants dans la fleur de fa jeunesse , 8c