72
LA HENRIADE.
Les époux expirans fous leurs toits embrasés,
Les enfans au berceau fur la pierre écrasés :
Des fureurs des humains c’est ce qu’on doit attendre.Mais ce que l’avenir aura peine à comprendre ,
Ce que vous-même encore à peine vous croirez,
Ces moslílres furieux , de carnage altérés ,
Excités par la voix des prêtres sanguinaires,Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères ;
Et le bras tout souillé du sang des innocens,
Osaient offrir à Dieu cet exécrable encens.
O combien de héros indignement périrent !
Renel [ee) 8c Pardaillan chez les morts descendirent;
Et ( ff) vous, brave Guerchy, vous, sage Lavardin ,Digne de plus de vie 8c d’un autre destin.
Parmi les malheureux que cette nuit cruellePlongea dans les horreurs d’une nuit éternelle,Marsillac 8c Soubise, (gg) au trépas condamnés,Défendent quelque temps leurs jours infortunés.Sanglans, percés de coups, 8c respirans à peine,Jusqu’aux portes du louvre on les pousse, on les traîneIls teignent de leur sang ce palais odieux,
En implorant leur roi qui les trahit tous deux.
D u haut de ce palais excitant la tempête,
Médicis à loisir contemplait cette fête ;
Ses cruels favoris d’un regard curieux
Voyaient les flots de sang regorger sous leurs yeux;
Et de Paris en feu les ruines fatalesEtaient de ces héros les pompes triomphales.
Que dis-je ? ô crime ! ô honte ! ô comble de nos mauxLe roi, (hh) le roi lui-même, au milieu des bourreaux,