Chant huitième. 161
Mais il ne permet pas à ses stoïques mainsDe se souiller du sang des malheureux humains.
De son roi seulement son ame est occupée :
Pour sa défense seule il a tiré F épée ;
Et son rare courage, ennemi des combats,
Sait aifronter la mort 8c ne la donne pas.
De Turenne déjà la valeur indomptéeRepoussait de Nemours la troupe épouvantée.
D’Ailly portait par tout la crainte 8c le trépas,
D’Ailly tout orgueilleux de trente ans de combats,
Et qui dans les horreurs de la guerre cruelleReprend malgré son âge une force nouvelle.
Un seul guerrier s’oppose à ses coups menaçans :
C’est un jeune héros à la fleur de ses ans, (g)
Qui, dans cette journée illustre 8c meurtrière ,Commençait des combats la fatale carrière ;
D’un tendre hymen à peine il goûtait les appas ;
Favori des Amours, il sortait de leurs bras ;
Honteux de n'être encor fameux que par ses charmes,Avide de la gloire, il volait aux alarmes.
Ce jour fa jeune épouse en accusant le ciel,
En détestant la ligue 8c ce combat mortel,
Arma son tendre amant, 8c d’une main tremblanteAttacha tristement sa cuirasse pesante,
Et couvrit en pleurant, d’un casque précieux,
Ce front si plein de grâce 8c si cher à ses yeux.
II marche vers d’Ailly dans fa fureur guerrière,
Parmi des tourbillons de flamme , de poussière ,
A travers les blessés, les morts 8c les mourans ;
De leurs coursiers fougueux tous deux pressent les flancs,La Henriade. L