Chant neuvieme. 183
Mais ce silence même, 8c ses regards baissés,
Se font entendre au prince, S: s’expliquent assez.
Sur ce visage austère, où régnait la tristesse,
Henri lut aisément sa honte k sa faiblesse.
Rarement de sa faute on aime le témoin :
Tout autre eût de Mornay mal reconnu le soin. (A)Cher ami, dit le roi-, ne crains point ma colère :
Oui m’apprend mon devoir est trop sûr de me plaire.Viens, le cœur de ton prince est digne encor de toi ;
Je t’ai vu, c’en est fait, 8c tu me rends à moi :
Je reprends ma vertu que l’Amour m’a ravie :
De ce honteux repos fuyons Fignominie ;
Fuyons ce lieu funeste, où mon cœur mutinéAime encor les liens dont il fut enchaîné :
Me vaincre est désormais ma plus belle victoire.
Partons : bravons l'Amour dans les bras de la Gloire ;
Et bientôt vers Paris, répandant la terreur,
Dans le sang espagnol effaçons mon erreur.
A ces mots généreux Mornay connut son maître.
C’est vous, s’écria-t-il, que je revois paraître ;
Vous, de la France entière auguste défenseur;
Vous, vainqueur de vous-même Sc roi de votre cœur :
L’Amour à votre gloire ajoute un nouveau lustre ;
Qui l’ignore est heureux, qui le dompte est illustre.
Il dit : le roi s’apprête à partir de ces lieux.
Quelle douleur, ô Ciel ! attendrit ses adieux !
Plein de l’aimable objet qu’il fuit 8c qu’il adore,
En condamnant ses pleurs il en versait encore.
Entraîné par Mornay, par l'Amour attiré,
II s’éloigne, il revient, il part désespéré.
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