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Chant septieme. 257
Enfin Colbert , en favorisant les beaux arts, en protégeant les gens de lettres,se fit des partisans qui célébrèrent ses louanges. La persécution qu’il suscitacontre Sb Evremond , l'exclufion des grâces de la cour, par laquelle la Fontainefut puni de son attachement pour Fouquet, la dureté de Colbert envers CharlesPerrault , son injustice à regard de Charles Patin , annonçaient une ameétroite 8c dure , peu sensible aux arts , 8c feulement frappée de la vanité deles protéger : mais à peine ces petitesses furent-elles remarquées ; l’académiedes sciences établie,de grands voyages utiles aux sciences, entrepris aux fraisdu roi, Tobservatoire construit, subjuguèrent les esprits.
Colbert mourut , 8c ses successeurs le firent regretter. Ils n'eurent pasd’autres principes d’administration; ils augmentèrent les impôts, 8c parurentmoins occupes encore du bonheur du peuple. Les manufactures, le commerce,surent austì mal administrés 8c moins encourages. La marine tomba ; la pre-mière guerre qui suivit sa mort sut mêlee de revers, 8c la seconde sut mal-heureuse.
Enfin , plus Louvois était haï, plus Colbert , son rival, gagnait dansl’opinion ; fa conduite envers Fouquet fut presque oubliée ; on lui pardonnaune fortune immense k le faste de sa maison de Sceaux, en les comparant àla fortune scandaleuse d’£meri, aux prodigalités dc Fouquet , 8c aux richessesdes traitans de la guerre de la succession.
A la mort de Louis XIV la réputation dc Colbert augmenta encore ; lesprincipes de Tadrainistration des finances, du commerce 8c des manufacturesétaient inconnus ; 8c lorsqu’on commença en France à s’occuper de ces objets,ce fut pour adopter fur ces matières l'opinion de Colbert.
On se plaignait de n’avoir plus de marine , 8c fous lui la marine avait étéflorissante.
On regrettait la magnificence de la cour de Louis XIV. On sentait lesmaux qu'avait causes la rigueur exercée contre les protestans, 8c l'on croyaitque Colbert les avait protégés ; on était dégoûté de la guerre , 8c Colbertpasiait pour s'ètre opposé à la guerre.
Les dépenses excessives qu’il sefait pendant la paix, pour satisfaire le goûtde Louis XIV , parafaient des moyens de faire fleurir dans l’Etat les artsde luxe , d’animer les manufactures, de rendre les étrangère tributaires denotre industrie.
Ce n’etait pas après les opérations de Law, 8c le haussement excessif desmonnaies, qu’on pouvait reprocher à Colbert les retranchemens des rentesSc une faible augmentation dans la valeur du marc d’argent.
M. de Voltaire trouva donc la réputation de Colbert établie , 8c il suivitl'opinion de son siècle : on ne peut lui en sa re un reproche. Ce quidans un homme occupé d'études politiques serait une preuve d'ignorance ,ou d’un penchant secret pour des principes oppresseurs , n'est qu’uue erreurrès-pardonnable dans un écrivain qui a cru pouvoir s'en rapporter à l'opiniondes hommes les plus éclairés de l’époque où il écrivait ; 8c lorsque c est l’amour
La Henriade. R