DES PEUPLES. 33 7
amas confus d’aventures monstrueuses. On souhaitegénéralement que cette unité si sage soit ornée d’unevariété d’épisodes, qui soient comme les membresd’un corps robuste 8c proportionné. Plus Factionfera grande , plus elle plaira à tous les hommes,dont la faiblesse est d'être séduits par tout ce quiest au-delà de la vie commune. II faudra surtoutque cette action soit intèrcjsante; car tous les cœursveulent être remués ; 8c un poème parfait d’ailleurs,s’il ne touchait point, serait insipide en tout temps8c en tout pays. Elle doit être entière, parce qu’il n’ya point d’homme qui puisse être satisfait s’il ne reçoitqu’une partie du tout qu’il s’est promis d’avoir.
Telles font à peu près les principales règles quela nature dicte à toutes les nations qui cultiventles lettres ; mais la machine du merveilleux , l’inter-vention d’un pouvoir céleste, la nature des épisodes,tout ce qui dépend de la tyrannie de la coutume,8c de cet instinct qu’on nomme goût ; voilà fur quoiil y a mille opinions 8c point de règles générales.
Mais, me direz-vous, n’y a-t-il point des beautésde goût qui plaisent également à toutes les nations ?il y en a fans doute en très-grand nombre. Depuisle temps de la renaissance des lettres, qu’on a prisles anciens pour modèles, Homère, Dèmojlhène, Virgile,Cicéron ont en quelque manière réuni fous leurslois tous les peuples de l’Europe, 8c fait de tant denations différentes une feule république des lettres ;mais au milieu de cet accord général les coutumesde chaque peuple introduisent dans chaque paysun goût particulier.
Vous sentez dans les meilleurs écrivains modernesSuite de la Henriade. Y