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Tome dixieme.
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M I L T O N.

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n’auraient pas eu un grand succès. Le judicieuxDefpréaux, qui a presque toujours eu raison , exceptécontre Quinault , a dit à tous les poètes :

Eh, quel objet enfin à présenter aux yeux,

Oue le diable toujours hurlant contre les cieux !

Je crois qu’il y a deux causes du succès que le Paradisperdu aura toujours : la première, c’est l’intérêt qu’onprend à deux créatures innocentes 8c fortunées qu’unêtre puissant 8c jaloux rend par fa séduction coupablesSc malheureuses ; la seconde est la beauté des détails.

Les Français riaient encore quand on leur disaitque 1"Angleterre avait un poème épique, dont le sujetétait le Diable combattant contre Dieu, 8c un serpentqui persuade à une femme de manger une pomme :ils ne croyaient pas qu’on pût faire fur ce sujet autrechose que des vaudevilles. Je fus le premier qui fisconnaître aux Français quelques morceaux de Milton8c de Shakespeare. M. du Pré de S 1 Maur donna unetraduction en prose française de ce poème singulier.On fut étonné de trouver dans un sujet qui paraît sistérile une si grande fertilité d’imagination. On admirales traits maj estueux avec lesquels il ose peindre Di eu, 8cle caractère encore plus brillant qu’il donne au Diable.On lut avec beaucoup de plaisir la description dujardin d’Eden 8c des amours innocens d 'Adam 8c à'Eve.En effet, il est à remarquer que dans tous les autrespoèmes l'amour est regardé comme une faiblesse ; dansMilton seul il est une vertu. Le poète a su lever d’unemain chaste le voile qui couvre ailleurs les plaisirs decette passion ; il transporte le lecteur dans le jardin de

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