DU CHANT VINGT-U N1EME.
Vers Sumatra , Bengale ou Ceïlan ;
Tantôt la nef aux cieux semble portée,
Près des rochers tantôt elle est jetée ,
Tantôt l'abyme est prêt à Tengloutir aEt des enfers elle paraît sortir.
Notre amazone est ainsi tourmentée.
L'âne est pressant, et la belle agitéeNe put tenir, dans son émotion,
Le gouvernail que Ton nomme raison.
D'un tendre feu ses yeux étincelèrent ,
Son coeur s'émut, tous ses sens se troublèrent ;Sur son visage un instant de pâleurFut remplacé d'une vive rougeur.
Du harangueur le redoutable gesteEtait sur-tout l’écueil le plus funeste.
Elle n’est plus maîtresse de ses sens ;
Ses yeux mouillés deviennent languissans ;Dessus son lit sa tête s'est penchée ;
De ses beaux yeux la honte s'est cachée ;
L’cnfant malin qui tient sous son empireLe genre humain , les ânes et les dieux ,
Son arc en main, planait au haut des cieux,Et voyait Jeanne avec un doux sourire,
Quand tout-à-coup on entend une voix :Jeanne , accourez , signalez vos exploits ;Levez vous donc, Dunoisest fous les armes - tOn va combattre, et déjà nos gendarmesAvec le roi commencent à sortir :
Habillez-vous , est-il temps de dormir ?
C'était la belle et jeune Dorothée ,
De bonté d'ame envers Jeanne portée ,
Qui, la croyant dans les bras du sommeil,Venait la voir et hâter son réveil.
Ainsi parlant à la belle pâmée ,
Elle entr’ouvrit la porte mal fermée ;
Dieux! quel spectacle ! elle fit par trois fois,Tout en tremblant le signe de la croix.
Jadis Vénus fut bien moins confondue ,Lorsqu'en des rets formés de filsd’airain ,
A tous les dieux ce cocu de VulcainSous le dieu Mars la fit voir toute nue.