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LE SPÉCULATEUR.
joue sur le succès; si elle échoue, il jouera sur la déconfiture. 11 spécule sur l’édi-fice qui se construit comme sur l’édifice qui s’écroule ; et on le verra, après avoir opéréd’une manière prépondérante sur une société en enfantement, agir d’une façon victo-rieuse sur celte môme société en liquidation. Tout lui est bon, bâtisse et décombres.
Le spéculateur a une famille : des neveux , des cousins, des frères. Cela n’estpourtant pas de rigueur : n’importe! le cas échéant, il s’agit d’en tirer parti. Quel-ques-uns d’eux peuvent mourir; or, le spéculateur , qui s’est établi le chef et leprotecteur de tous les siens, peut devenir aussi leur héritier. Oh! alors qu’il luiparaîtrait doux et touchant de larmoyer sur les admirables trépassés qui viennent delui léguer , avec l’exemple de leurs vertus, haute nourriture pour son âme , quel-que chose de non moins sonnant, mais de plus substantiel pour son corps!_Le spé-
culateur, il la fois inspiré par le ciel et la terre, s’occupe avec un intérêt chaleu-reux de la destinée de ses proches. Celui-ci, il le place dans l’état militaire , en luirecommandant cette noble susceptibilité de la bravoure française qui ne permet pasle moindre mot équivoque dans la conversation sans en demander raison sur l’heure,et mettre, tout de suite, tlamberge au vent : c’est le grand devoir du métier, la loipremière de l’honneur; hors le duel point de salut. Celui-là, il lui souffle la pas-sion des voyages aventureux, des explorations d’outre-mer. Oli ! l’Inde , le Brésil , laTurquie , le Mogol , la Chine , la Perse !.... ce n’est que Ta maintenant que se trouveencore du neuf, de l’énergie, de la sève, du grandiose et de la vie. Ailleurs, etsurtout en Europe , tout est rachitique ou défunt, on n’y voit qu’atomes ou crétins.Cci autre, il le fait entrer dans les ordres: il a senti sa vocation; l’âme de ce sublimeparent avait besoin de se baigner dans les (lots de la sainteté évangélique. Dieu l’ap-pelle depuis longtemps, pour sa plus grande gloire, à la Chartreuse ou à la Trappe :ce sont les péristyles du ciel, le portail des béatitudes. Quanta ce dernier, autre af-faire. 11 est du monde et né pour le monde ; il faut qu’il soit a lui tout entier : c’estle spéculateur qui l’y lance. 11 l’enivre a toutes ses coupes; il l’assied a tous ses ban-quets , il le livre a tous ses amours ; et le maître est fier de l’élève. Mais, poursupporter tant de joies, ce dernier, malheureusement, a peu de force et de santé...En résultat définitif, tous ceux dont le spéculateur a entrepris l’éducation, dirigéles pensées et soigné la carrière, ont successivement disparu. Qu’en dit l’homme auxvastes desseins? « C’est moi! s’écrie-t-il avec orgueil; moi, qui ai soutenu ma fa-mille ! je m’étais dévoué a elle. Le Ciel m’en a récompensé. En faisant le bien de mesproches, voyez comme j’ai prospéré. Dieu merci! tout s’est Lieu passé : j’ai digne-ment casé tous les miens. »
11 est hors de doute que le spéculateur peut se marier comme tout autre individude l’espèce humaine ; mais l’amour n’entrera pour rien dans la balance de cette opé-ralion : il n’y sera pesé que la dot. Le futur fera peu de cas de la beauté, a moinstoutefois que ladite beauté ne lui offre un moyen d’élévation, et ne lui ouvre unevoie particulière à la fortune, en l’alliant naturellement a de puissants amateurs dubeau : c’est une position comme une autre. Il ne tiendra pas précisément â l’âge;une vieille femme riche ne saurait être trop avancée dans la vie : son mérite est enproportion de ses années. Oh! l’inestimable bien qu’une caducité dorée, dont le