I. A LOUEUSE DE CHAISES.
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ses refus. Elle accorde seulement au frais enfant de chœur une tape sur ses jouesroses et potelées, et au suisse superbe un coup d’œil en tapinois. — Les suisses au-ront a répondre de bien des choses 1
Quoi qu’on ait pu dire autrefois , madame Groslichard jouit d’une réputation de'erlu : elle a des mœurs, —c’est une des conditions de son bail;— et, en femme quia vécu longtemps et beaucoup, elle sacrifierait ses passions à son intérêt. Heureuse-ment le sacrifice n’est pas toujours nécessaire ; et puis, écoutez sa maxime favorite(la maxime fait les femmes supérieures ! ) : « On n’a jamais, disait-elle tantôt, que l’âge•lu’on paraît avoir. » Elle ajoute encore : « On n’est jamais que ce qu’on paraîtêtre.»
Avec elle, il ne faut donc pas trop approfondir les choses. Par exemple, elle affecteles dehors convenables de la piété. Jamais elle n’oublie , en passant devant l’autel,de le saluer d’une humble révérence. Vous la voyez, au commencement des offices,saintement agenouillée et plongée dans un dévot recueillement; mais remarquezcomme, de la place qu’elle a choisie, elle domine toute l’église. Suivez ses yeux sanscesse en mouvement, ses yeux perçants et inquisiteurs qui prennent note du nombre,de la figure et de la position relative des assistants. Vous ne l’entendrez pas unir savoix a celle de l’auditoire pour célébrer les louanges de Dieu . Si elle chante, c’est enelle-même, quand la messe a été bonne, quand la collecte a été abondante, et que, danssa grande poche de toile, les pièces d’argent se mêlent joyeusement aux pièces de cuivre.
Elle voit passer toutes les pompes humaines; elle assiste aux différents spectaclesqui marquent la destinée de l’homme. Le sonneur, qui, du haut de sa tour, annoncestupidement les décès et les baptêmes, ressemble à l’employé des télégraphes, qui necomprend rien aux nouvelles qu’il transmet. La loueuse joue un rôle intelligent dansces diverses cérémonies, et elle apporte à chacune d’elles un extérieur d’a-propos.Comme elle s’empresse autour de ce nouveau-né 1 que d’attentions elle prodigue auparrain et à la marraine ! A la joie pure et bien sentie qui rayonne dans ses yeux , àson air maternel, on dirait une respectable tante , une grand’maman, ou, tout aumoins, une dame de la parenté. Ces démonstrations font partie de l’appareil dé-ployé par l’église. Tout cela est coté d’avance, et sera payé au prix du tarif.
La scène change brusquement. La nef s’est tendue de noir. Une famille, des amisprient et pleurent autour d’un cercueil. La loueuse prend son visage le plus affligé;elle a les yeux rouges; elle marche d’un pas silencieux, et semble dire à chacun : «Quelmalheur!... Votre chaise, s’il vous plaît. »
Mais tandis qu’un de ses yeux pleure encore avec les amis du défunt, l’autre souritdéjà à la noce qui s’avance. C’est une noce brillante. La mariée est jolie. Le marie,dans son bonheur, sera sans doute généreux. Madame Groslichard se multiplie : elleest radieuse ; elle a un petit air fin qui dit bien des choses. Sans elle la cérémonie se-rait pleine d’embarras et de dangers. Qui viendrait au secours de la mariée? qui larecevrait défaillante dans ses bras? qui rendrait mille petits offices dout une mèretroublée est incapable, que les messieurs ne doivent pas connaître, et auxquels lenouvel époux ne saurait encore prendre part. 11 suffira qu’il les paie. Dans ces occa-sions difficiles , la loueuse est une mère donnée, ou plutôt vendue par la sacristie.
Madame Groslichard ne comprend ni l’amour du pays, ni la vanité nationale. Mais