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Tome second.
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Lli MA1TKE DE I*ENSION.

de son inaltérable dévouement aux pères de famille, que l'honnête H. Moisson-

M. Moisson est un homme de cinquante ans, gros et rabougri, vif et sémillantmalgré sa rotondité, remuant et loquace malgré ses prétentions a la dignité. Ses petitsyeux brillants roulent sans cesse dans leur orbite, comme s’il était toujours en pre-scnce d’une bande d’écoliers indisciplinés. On voit qu’il est accoutumé a multiplierses regards. Dans toute son allure, il y a un mélange de hauteur et de servilité, d’hu-milité et d’orgueil, qui témoigne que sa vie est un composé de ces deux éléments.Mais ils sont distribués a doses si égales, qu’on ne saurait dire si c’est en obéissantqu’il apprit a commander, ou en commandant qu’il apprit a obéir.

A côté de lui Qeurit, dans toute la béatitude d’une union bien assortie, madameMoisson, gardienne jalouse des clefs de la cave, dragon vigilant qui protège les fari-neux classiques contre les déprédations des domestiques et des écoliers. C’est elle <I 111manipule l’abondance, distribue les rations de pain, et découpe les viandes en sur-faces égales, mais non sans se rappeler la définition géométrique de la surface-« C'est ce qui a longueur et largeur, sans épaisseur. »

Madame Moisson paraît rarement au salon : c’est le garde-manger qui est son tem-ple, la cuisine son sanctuaire. C’est la qu’elle reçoit les hommages des mères prc*voyantes qui veulent étudier l’hygiène culinaire de la pension. Elle leur montreavec orgueil le bouillon surchargé de caramel, et se vante de n’y pas mettre d’oi-gnon brûlé. Elle surveille avec une inquiète sévérité tous les mouvements des do-mestiques, leur dispute un moment de loisir, met la main a tout, tire prolit de tout,et se glorifie, non sans raison, d’être la clef de voûte de l’établissement. Pour qu unmaître de pension réussisse, il faut qu’il se pourvoie d’une femme qui ne craig nCni l’odeur du charbon ni les taches de graisse. Celui qui préfère les qualités aimablesd’une compagne aux rustiques habitudes d’une servante ne fera jamais fortune,il n’aura même jamais la croix.

Madame Moisson se réserve aussi la direction do la lingerie. Son orgueil de mé-nagère se complaît a étaler, dans leurs compartiments de sapin, les trousseaux nu-mérotés. Pour lui rendre justice, la blancheur du linge n’a rien d’équivoque,et les reprises ne sont pas trop apparentes. Mais nous sommes obligés de convenuque dans chaque trousseau, il manque régulièrement deux ou trois' serviettes-Comme les parents ne peuvent constater le déficit qu’a la sortie de l’élève, il cstfacile de le mettre sur le compte de l’étourderie naturelle au jeune âge, ou bien del'imputer aux ravages du temps, plus destructeur encore qu’un écolier.

Il entre aussi dans la discipline de la maison de prélever officiellement sur chuque trousseau, lors du départ d’un élève, une paire de draps pour le service de 11"'tirmerie. Or cette infirmerie est toute nominale; car dans le cas de maladie grave,la maman reprend toujours son enfant chez elle, et pour les indispositions légères,l’écolier reste toujours à la lingerie, où on l’abreuve d’une tisane de bourrache et Jechiendent, qui lui fait bien vite regretter le réfectoire.

11 n’y a pas de réclamation à élever contre cette contribution indirecte qui l ,cS “sur les draps : c’est une condition énoncée dans le prospectus; et les prospectus soi* 1comme les lois : tout le monde est censé les connaître.