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L’INVALIDE.
dans l’infirmerie, et finis par recueillir les documents suivants, qui ne valent peut-être pas la peine qu’ils m’ont coûté.
La condition première d’admission aux Invalides est une retraite accordée commeindemnité : 1° de la perte d’un ou de deux membres ; 2° de blessures graves équivalantà la perte d’un ou de deux membres; 5° de soixante ans d’âge et de trente ans deservice. Le pensionné échange sa modique annuité contre un asile dans l’Hôtel ; lesplus maltraités sont les plus admissibles, les plus infortunés sont les plus heureux.Eussiez-vous vingt blessures, si elles ne présentent pas le degré de gravité requis,vous êtes exclu sans pitié. Vous étalez inutilement vos vingt cicatrices ; c’est beaucouptrop, mais ce n’est pas assez.
Les soldats invalides habitant l’Hôtel sont au nombre de trois mille répartis enquatorze divisions, soldats de tous les corps, de tous les régiments, assemblaged’éléments hétérogènes unis par une communauté de vieillesse et d’infirmités-Chaque bataille a ses représentants. L’un a perdu le bras à Aboukir, l’autre a eul’épaule entamée a Hanau par un hussard bavarois. Celui-ci a laissé un œil en Au-triche, et une jambe en Espagne ; celui-là est demeuré sanglant et mutilé sur I echamp de bataille d’Iéna. Ce mulâtre au teint jaune était de la compagnie des guidesdu général Moreau. Cet Arabe à face basanée, partisan semi-volontaire des nou-veaux maîtres de l’Algérie, a contribué a la prise de Constantine . Tous ces bravesgens sont autant de feuillets vivants de notre histoire nationale, autant de mé-daillés humaines où sont gravés nos triomphes ; ce sont les victoires et conquêtesen chair et en os.
Tous les gouvernements ont fourni leur contingent d’invalides. Delà, plusieursphysionomies distinctes, aussi tranchées que les systèmes politiques dont elles sontune incarnation partielle. Un rien vous les signalera, un coup d’œil, un geste, Ul1détail de costume, une parole, un refrain surtout. Chez les Français , peuple chan-teur, la chanson est la pierre de touche des caractères. On peut juger des hommes pa’’les couplets qu’ils affectionnent, et les invalides ne font pas exception a la règle. Ain slvous reconnaîtrezdans :
Les dragons DauphinAiment le bon vinEt la compagnie (6«) ;Ils donnent le matinA ce jus si divin,
Et la nuit à Sylvie.
l’invalide de la république ;