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Tome troisieme.
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(ii

LA SOEUR DE CHARITE.

ignorer de ce qui constitue l’éducation première d’une garde-malade , d’une insti-tutrice et d’une grosse fermière. Sous le couvert de l’hospitalité on fait l’école et lapharmacie, on reçoit des aliénés, des malades et des incurables, on traite l’aigu elle chronique ; l’hôpital est a la fois une école primaire , une infirmerie, un dé_pôt demendicité et une immense propriété. Les sœurs de charité forment le conseil admi-nistratif et se partagent les emplois. Celle dont le zèle est fortement constitué faitles foins, emmagasine le bois, préside aux récoltes, active les travailleurs, est aufour et au moulin. Les faiblesses de la femme se trahissent parfois au milieu desmerveilles accomplies par son active charité. A ses yeux le pauvre, l’infirme, le ma-lade ne sont rien, la charité est tout, et la religion est fort au-dessus de la charité.Quelle différence aussi entre les deux malades qui accourent ici ou la, a Paris ou enprovince, au centre ou aux points extrêmes de la circonférence, se recommandercorps et âmes aux soins hospitaliers de la sœur de charité ! L’un, celui de la grandeville, est ordinairement au-dessus du bienfait, et y a recours pour la première fois;l’autre est au-dessous, et trouve enfin un pryfanée dans un hôpital, couche pourla première fois dans des draps blancs, a un médecin el une tisane sucrée, il doittout ce luxe a la charité. Le premier après s’être défendu en athlète vigoureux,avoir connu par échappées quelque chose du luxe d’une capitale, après avoir recueilliet dissipé quelques lambeaux de fortune, quelques miettes d’un festin immense, aprèss’être initié par intervalles a la vie de Paris , vient expirer sur un lit d’hôpital; ildoit toute cette misère a la charité. L’autre ne connaît de luxe que le luxe de lacharité. Celui-ci murmure dévotement les paroles de la sœur, celui-là sait la va-leur d’un blasphème et expire l’ironie à la bouche.

La sœur de charité peut être considérée comme l’alpha et l’oméga de la vie hu-maine : le peuple la rencontre près de la tombe et dans toutes les grandes crises dela vie : le peuple ne saurait accomplir sans son secours ces deux grands actes de sondrame : la maladie el la mort. Le peuple redoute l’hôpilal et aime la sœur de cha-rité. La sœur de charité tient le fil de ces existences (luttantes qui lui reviennentincessamment ballottées d’un écueil à un autre : de l’hôpital, leur berceau, a la mai-son des jeunes détenus, théâtre de leur éducation ; de là à l’atelier, puis encore àl’hôpital ; c’est ainsi que la vie du paria se complique de souffrances qui n’onlqu’une consolation, la sœur de charité.

C’est pour cela, mesdames, que nous, enfant du siècle et tout indigne que noussommes de cet honneur, nous n’hésitons pas à placer le portrait de la sœur de charitédans la galerie qui renferme vos portraits. Ce type, nous ne le savons que trop,hélas ! aurait demandé le pinceau de Fénelon. Voltaire lui-même a consacré un de sestraits les plus éloquents à la sœur de charité, parce que Voltaire avait trop de génie eld’esprit pour ne pas s’incliner devant ce dévouement qui sert aujourd’hui de garantieau pauvre contre l’égoïsme bourgeois. Nous avons un culte,celui delà richesse, quimet ses damnés à l’hôpital. Mais si la religion du Christ, qui diffère un peu de la nôtre,avait encore besoin d’être soutenue par de grands et sublimes exemples, ce sérailparmi les sœurs de charité qu’il faudrait lui chercher des saintes et des martyres.

I>. Roux.