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LE PHItÉNOLOGlSTE.
de divisions, de chiffres qui se rapportaient au système de Gall. — Voila, docteur,qui est de votre domaine : prenez, étudiez cela, vous m’en rendrez compte. Je niemis à l’œuvre , mais les divisions étaient inexactes , les chiffres mal placés. Je ne lesavais pas rétablis , que Napoléon me (it appeler. Je le trouvai au milieu de volumesépars, lisant Polybe . 11 ne me dit rien d’abord, continua de parcourir l'ouvrage qu ilavait dans les mains , le jeta , vint à moi, me regarda fixement, et, me prenant parles oreilles : — Fdi bien ! doUoraccio di capo di Corso, vous avez vu la cassette?—'Oui, sire.— Médité le système de Gall ? — A peu près. — Saisi? — Je le crois.— Vousêtes à même d’en rendre compte? — Votre majesté en jugera. — De connaître me*goûts, d’apprécier mes qualités en tâtant ma tête? —Etmêmesans la toucher. (L’eni'pereur se mit a rire.)— Eh bien ! nous en causerons plus tard, quand nous n’auronsrien de mieux a faire. » — On voit, d’après ce récit, que Napoléon, à la fin de sa car-rière , estimait fort peu la phrénologie et les phrénologistes.
Du temps de l’empire, on attaquait ou l’on défendait la phrénologie par inté-rêt, par goût, par système, et non par conviction. Seulement, ceux qui croyaientavoir une grande intelligence, d’après la topographie de Gall, soutenaient ce phi-losophe; ceux, au contraire, qui ne pouvaient parvenir a trouver sur leur frontles bosses de la poésie, de la musique, du jugement,de la bravoure ou de touteautre faculté qu’ils pensaient posséder, tournaient en ridicule la phrénologie et sespartisans.
Les gens du monde s’étant emparés de cette science on se faisait alors un devoird’inviter des phrénologistes a certaines soirées aristocratiques.
Un jour, M. le baron de C., homme d’un esprit assez médiocre , et qui s’était
converti à la phrénologie , parce qu’étant chauve depuis longues années, étayantpar conséquent le devant de la tête dégarni de cheveux, il croyait posséder le frontd’un homme de génie, M.le baron de C...., disons-nous, invita Gall à une soirée où üdevait, disait-il, se trouver quelques antagonistes distingués. Le phrénologiste, re-doutant peu les combattants de salon , se rendit à l’invitation de son noble ami.
Un des invités, plus jeune que les autres et mis avec une certaine recherche, atti-rait depuis quelques instants l’attention du phrénologiste : il était de moyenne taille;marchait, causait avec une grande aisance , et ne faisait que rire avec les dames, deGall et de sa doctrine.
« Comment, disait-il d’un air fort gai et en se balançant d’une façon toute gra-cieuse , comment peut-on croire qu’un homme, tel savant qu’il soit, puisse lire surla tête d’un autre, ses goûts, ses penchants, ses sentiments?...
— Cela est pourtant, monsieur, dit le docteur Gall en l’interrompant tout à coup ;et, sans me croire un tireur d’horoscope, ajouta-t il, je puis, si vous le désirez, fai | equelques applications de ma science sur votre tête.
— A merveille! » s’écria le baron de C..., enchanté de mettre la phréuologie al’épreuve sur un noble Allemand qu’il ne connaissait pas encore très-bien.
L’antagoniste parut hésiter ; mais les jolies dames qui l’entouraient l’ayant prié ù eleur donner ce plaisir, il céda.
Le phrénologiste promena a plusieurs reprises ses longs doigts osseux sur toute la