m LE l>H R ECOLOGISTE.
le célibat,— et en agissant ainsi il est conséquent avec lui-même, puisqu’il croit à 1 e * lStence et aux manifestations du cervelet — le t\pe de celui que nous disséquons en cemoment est parfaitement de l'avis du premier. Il plaide la cause du mariage, etJtrente ans il se met en devoir de chercher une femme. Qli ! c’est alors que nousplaignons, le pauvre phrénologiste! car il n’admet pas comme Gall la sainteté detoutes les facultés que Dieu a données a l’espece humaine ; non certes 111a horreur decertaines bosses, et il prend toutes ses précautions pour que cet organe fatal ne sldéveloppe jamais. Il palpe la tête, il observe la physionomie de loutes les jeunes
filles, innocentes et belles qu’on lui présente ; et c’est lorsqu'il consent à partager
son
il
existence avec l'une d’elles , qu'on peut dire, avec raison, que malgré sa scienceest certain... de ne l’être de rien.
Au bout de quelques années de mariage il se voit père de plusieurs petits garç 1 ’ 115 ’qui ue lui ressemblent point. Mais qu’est-ce que cela lui fait! II est père ! 11 est he* 1reux !... Et il pourra palpera son aise la tête de ses enfants!
Le phrénologiste a un cabinet de travail dans lequel il se garde bien de travail!® 1 "Ce cabinet, fort propre du reste, et décote avec luxe , est orné d un bureau convert de papier blanc , de brochures et de livres non coupés ; d’une magnifique bihh°thèque renfermant des ouvrages de phrénologie et de ph^siopnomonie superbenie 1 ’ 1reliés, mais vierges dans toute l’acception du mot ; de consoles en bois doré sur le squelles sont placés les plâtres topographies de Gall et de Spurzheim , les têtes n 0,1lées sur nature des assassins célèbres, des grands hommes politiques et des volc l,rSdistingués; enlin de tableaux synoptiques, de portraits, d’un divan, et d'un pi aIIÜcriard et toujours faux : — car ces messieurs sont rarement musiciens.
En général, le phrénologiste ne se mêle pas de politique. Il se rappelle bien aV °] 1été autrefois d’un parti ou d’une doctrine quelconques; mais depuis qu’il fait p art,ede la Société phrénologique, il a rompu avec ses anciens collègues, et mainten 3 ” 1il regarde la phrénologie comme sa charte et son Dieu .
Il lit indiiféremment le Journal des Débats et le National; mais quand ceSjournaux osent dire que Lacenaire, Avril ou Soufllard n'ont pas la bosse du crin 1 ®»il envoie aux gérants de ces feuilles — qu’il méprise intérieurement, — une réd amalion qu’on n’insère jamais.
Le bonheur du phrénologiste, c’est de suivre toute sa vie des cours de phrénolog 1 ®qu’il ne comprend pas ; d’assister régulièrement et d’applaudir de même aux séao c£Sde la Société phrénologique et de l’Hôtel-de-Ville ; de payer à l’avance et pa<’mestre ses vingt-quatre francs de cotisation; d'élever en serre chaude des insec ,eSinolfensifs 'a l’usage de la phrénologie comparée; et enfin de rechercher si d’ap* eSles bosses de la lête du lézard , ce reptile n’est pas, comme l’a dit Alphonse K a ' r ’l’ennemi au lieu d’être l’ami de l’homme.
Après avoir ainsi vécu , il meurt en léguant ’a ses collègues sa biographie que P elsonne ne veut lire , et au Musée phrénologique, sa tète qui ne reçoit jamais les ho 11neurs du moulage.
Heureux phrénologiste, que la terre le soit légère!
Eugène Bareste.