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LE COMMISSIONNAIRE.
première lettre de change ; il n’onblie pas le premier commissionnaire qui lui a servid’introducteur dans le dédale de Paris , qui s’est offert pour porter sa croix sur leGolgothade quelque maison de six étages, en lui ouvrant peut-être le chemin de lafortune, paradis des temps modernes. Le commissionnaire est en effet toute l’hos-pitalité de Paris : c’est lui qui le premier vous en fait les honneurs, c’est le P re "mier fil conducteur qui vous indique le pôle où vous devez graviter ; il marquele point de départ d’un grand homme ou d’un parvenu; celui-ci l’oublie, l’autre sesouvient toujours qu’il s’est aidé du commissionnaire pour faire son chemin.
Des provinciaux osent encore se défier de ses bons offices, le regardant commeun être essentiellement nomade, tandis qu’il est plaqué, numéroté comme un sol-dat. Et d’ailleurs le commissionnaire, n’eût-il pas sa plaque, aurait encore sa probité-
Puisez maintenant vos inductions ici ou là, dans Saint-Simon ou dans Fourier, voustrouverez toujours que la société n’a pas dit son dernier mot au sujet du commis-sionnaire. Une personnalité mixte comme la sienne, résulte d’un état de transition q 111prouve jusqu’à l’évidence un besoin de moyens termes dans une société essentiellementbourgeoise. Le commissionnaire succède au valet de pied. Dans tous les quartieroù les mœurs féodales sont encore en vigueur, le commissionnaire est traité d’here-tique, ou si l’on veut de réformateur. Son introduction dans la vie civile date peut-être de l’établissement de la petite poste : la bourgeoisie sentit le besoin d’établir uncontrepoids aristocratique à ce véhicule populaire des lettres cachetées, et le commis-sionnaire s’est glissé entre deux impossibilités contemporaines, comme un pouvoirparlementaire entre le peuple et l’aristocratie.
Quand une profession formule l’homme comme l’expression la plus actuelle d’unrégime de transition, qu’elle se pose comme le type complexe d’une classe sujette à deschangements indéfinis, cette profession mérite ici une place. Le Sort, qui a préside anos destinées communes, a fixé le commissionnaire entre le ciel et l’enfer, dans lepurgatoire du travail actif et intelligent. Demi-servitudes, demi-plaisirs, demi-profi ,5 >telle est l’existence mobile de cet homme. Il ne s’appartient pas plus qu’il n’appartien*aux autres; il est le serviteur de tous sans être le domestique de personne, elc’est e ' 1cela que son type le distingue de celui d’un simple valet; libre de servir une multitudede maîtres, pour échapper à la tyrannie du besoin. Quiconque a recours à un com-missionnaire dans la vie privée, doit voter avec l’opposition parlementaire, et de-mander l’adjonction des capacités. L’opposition prit un jour le commissionnaire etle lança comme une montagne à la tête du pouvoir. Un commissionnaire, P 0111vingt-quatre sous, transporta à l’hôtel de l’intérieur la malle d’un nouveau mi"i s 'tre. J’allume ma lanterne et je cherche cet homme précieux, certain, si je le rencon-tre, d’enrichir cette collection delà perle des commissionnaires.
I*. Roux.