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à propos de toutes ces imitations, on lisait dans les journaux avec de légères va-riantes :
« La Presse entière de la France, de l’Angleterre, de la Russie , etc. »
Il eut beau joindre à ses annonces cette phrase consacrée : « Se délier des contre-façons, et exiger la notice qui se délivre gratis; » ses concurrents tinrenl bon, etpoursuivirent fructueusement leurs spéculations.
C’est que la pharmacie, hélas ! est souvent exploitée par des charlatans dignes col-lègues de ceux de la place publique. On amalgame de la mélasse et du jus de réglisse,de la gomme et de la cassonnade, on donne a ce mélange une dénomination sonore, eton le livre avec confiance a la publicité. « Achetez-le, disent les prospectus ; c’est unremède ami de nos tissus, qui offre en môme temps commodité, simplicité, goût agréa-ble, vertus héroïques, et jouit d’une réputation universelle...» môme avant d’avoirparu. L’inventeur déprécie les travaux de ses confrères, cite vingt cas de surpre-nantes guérisons, en donnant les noms et les adresses des personnes échappées, grâcea son intervention, a une mort inévitable. Il s’étaie des suffrages unanimes des pre-miers chimistes de la capitale, et met en avant le Roi, qui est censé avoir donné unbrevet dont il n’a jamais eu connaissance. Il dépêche en tous lieux des commis voya-geurs, se fait au besoin commis voyageur de sa propre maison, allèche les déposi-taires par l’appât d’une remise de 60 pour 100, et les journaux, complices de sonempirisme, ne dédaignent pas d’emboucher la trompette et de tambouriner pourameuter les badauds.
C’est par ce procédé qu’on amasse des millions aux dépens des faibles qui fré-missent à l’idée de la douleur ou de la mort, aux dépens des hommes vicieux quehantent les suites funestes de leurs débauches. A quoi sert donc que la science ailprogressé, s’il y a décadence d’autre part? A quoi sert d’être au-dessus des anciensapothicaires par l’instruction (peut-être), si on leur est inférieur parles qualitésmorales ?
Ces réflexions ne s’adressent point a la généralité des pharmaciens, et surtout àces honnêtes et infatigables manipulateurs, qui, prisonniers volontaires dans leurlaboratoire, rédacteurs de traités eoc-profcsso, joignent h la science de Vauquelinle zèle investigateur de Labarraque et de Robiquet. Je suis fâché qu’elles soient enpartie applicables a mon camarade Ronnisson; mais reconnaissons, pour le laver del’accusation de fourberie, que son sirop dépuratif produisait réellement de bonseffets, grâce au régime dont il recommandait d’en accompagner l’emploi. « Avez-vous mal à la tête, disait-il, prenez deux cuillerées de mon sirop et un bain depieds h la moutarde. Avez-vous la colique, prenez trois cuillerées de mon sirop etappliquez-vous des cataplasmes sur la région abdominale. Avez-vous la fièvre, pre-nez quatre cuillerées de mon sirop, et une dose de sulfate de quinine. Règle gé-nérale, toutes les fois que vous prendrez de mon sirop, observez la diète, couchez-vous de bonne heure, levez-vous matin, et votre guérison est certaine. »
Ainsi le sirop dépuratif et régénérateur rendait miraculeusement les malades à lasanté.
Au bout de quelques années, des alliches placardées sur les murs de l’eeole de