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Province. Tome premier.
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LA FEMME DE PROVINCE.

(ce mot nous manque), qui consiste il tout effleurer, à être profond sans en avoirlair, à blesser mortellement sans paraître avoir touché, a dire ce que jai entendusouvent :Quavez-vous, ma chère? quand le poignard est enfoncé jusquà lagarde. Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent, elles tombentlourdement quand elles tombent; elles sont moins femmes que les Parisiennes.Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont lebonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettentquelquefois un talent inlini à éviter la grâce.

La femme de province n'a que deux manières dêtre : ou elle se résigne, ou ellese révolte. Sa révolte consiste à quitter la province el à sétablir à Paris . Elle syétablit légitimement par un mariage et tâche de devenir Parisienne : elle y triompherarement de ses habitudes. Celle qui sy établit en abandonnant tout ne compte plusparmi les femmes. Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et àinsulter Paris ; mais la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Pari-sienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée.

Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme com-binée avec la vie de province.

Une jeune fille sest mariée ; elle était belle, elle reste encore pendant quelquetemps belle malgré le mariage; elle est proclamée une belle femme. La ville est lièrede cette belle femme ; mais chacun la voit tous les jours, et quand on se voit tousles jours, lobservation se blase. Si cette belle femme perd un peu de son éclat, laville sen aperçoit a peine. Il y a mieux, une petite rougeur, on la comprend, onsy intéresse ; une petite négligence est adorée, une toilette qui ne se renouvelle pasest une concession à la philosophie du pays. Dailleurs la physionomie est si bienétudiée, si bien comprise, que les légères altérations sont à peine remarquées, etpeut-être finit-on par les regarder comme des grains de beauté. Un Parisien passepar la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à cephénix, et le Parisien aperçoit un laidron parfaitement conditionné. Il arrive alorsdes aventures comme celle-ci. Un jeune homme a quelques jours dexil a passer dansune petite ville de province, il y retrouve léternel ami de collège, cet ami de collègele présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemmentspirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corpssec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui na pas les yeux ensemble,qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, ha-billé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien faitcontre bonne fortune mauvais cœur, et se garde bien de revenir à ce squelette am-bitieux. Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonlteur, il le mystifie en pre-nant cet air convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer. La veille de sondépart, le Parisien, questionné par son ami sur lopinion quil emporte de la petiteville, répond quelque chose comme : « Je me suis royalement ennuyé, mais jaitoujours eu la plus belle femme de la ville! «Le lendemain matin, lami le ré-veille; armé dune paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle,en lui posant ce théorème : « Si vous avez eu la plus belle femme de la ville, ce