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Province. Tome premier.
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LA FEMME UE PROVINCE.

vince, la maison de campagne esl le liaere h l’heure de Paris . Quoique l’homme leplus spirituel de la ville, un homme d’avenir, disait-on, et (pii lit un épouvantablefiasco a la Chambre, lui rendît des soins, celte femme mourut jeune et dévoréecomme par un ver : la supériorité comporte une action invincible qui, au besoin,réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal.

Une des fatalités qui pèsent sur la femme de province est celle décision brusque etobligée dans les passions, qui se remarque souvent en Angleterre. En province, lavie est délinic, observée, à jour. Cet élal d’observation indienne force une femmeà marcher droit dans son rail ou a en sortir vivement comme une machine à vapeurqui rencontre un obstacle. Les combats stratégiques de la passion, les coquetteriesqui sont la moitié de la Parisienne, l ien de tout cela n’existe en province. Il y adans le cœur de la femme de province des .surprises comme dans certains joujoux.Elle vous a parlé trois fois pendant un hiver, elle vous a sérié dans son cœur àson insu; vient une partie de campagne, une promenade, tout est dit; ou si vousvoulez, tout est fait. Cette conduite, bizarre pour ceux qui n’observent pas, a quel-que chose de très-naturel. Au lieu de calomnier la femme de province en la croyantdépravée, un poète, un philosophe, un observateur, comme l’a été Stendalh dansHouge et Noir, devinerait les merveilleuses poésies inédites, savourées à elle seule,toutes les pages de ce beau roman dont le dénoûment seul est connu de l’heureuxsous-lieutenant ou du roué capitaine qui en profitent.

Paris est le monstre qui fait toutes ces victimes, le mal a sept lieues de tour etafflige le pays entier. La province n’existe pas par elle-même. Là seulement où lanation est divisée en cinquante petits états, là chacun peut avoir une physionomie,et une femmey reflète alors l’éclalde la sphère où elle règne. Ce phénomène social existeencore en Italie,en Suisse cten Allemagne; mais en France , comme dans tous les paysà capitale unique, l’aplatissement des mœurs sera la conséquence forcée de la centra-lisation; aussi les mœurs ne prendront-elles du ressort et de l’originalité que parune fédération d’étals français formant un même empire, ce qui peut-être n’est pasà désirer. L’Angleterre ne jouit pas de ce malheur, elle a quelque chose de plus hor-rible dans son atroce hypocrisie, qui est un bien autre mal. Londres n’y exerce pasla tyrannie que Paris fait peser sur la France , et à laquelle le génie français finirapar remédier. L’aristocratie anglaise (méditez bien ceci), qui comprend toutes lessupériorités, qui les produit ou se les assimile, l’aristocratie couvre le sol; elle vitdans ses magnifiques parcs, elle ne vient à Londres (/ne pendant deux mois, niplus ni moins ; elle est toute en province, elle y fleurit et la fleurit. Londres est lacapitale des boutiques et des spéculations, on y fait le gouvernement. L’aristocraties’y recorde seulement pendant soixante jours, elle y prend ses mots d’ordre, elledonne son coup d’œil à sa cuisine gouvernementale, elle passe la revue de scs fi Ilesà marier et des équipages à vendre, elle se dit bonjour et s’en va promptement : elle nese supporte pas elle-même plus que les quelques jours nommés la saison. Aussi, dansla perlide Albion du Constitutionnel, y a-t-il chance de rencontrer de charmantesfemmes sur tous les points du royaume, mais de charmantes femmes Anglaises !

De Balzac.