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LES FONÇAIS.
Viande fraîche avec légumes verts, les mardi, jeudi, sa-
Les forçats se forment pour dîner par groupes de quatre ou six individus. La ga-melle où chacun d’eux plonge alternativement sa cuillère, s’appelle baquet.
Au milieu de chaque salle se tient un forçat occupé de comptes et d’écritures, eldésigné sous le nom de payot. Le payot distribue les vivres, fait la paie et se chargeà piste prix de la correspondance des camarades. C’est à la fois un fourrier du bagneet un écrivain public.
L’accouplement est une des conditions les plus dures de la vie du forçat. Que l’as-sassin soit enchaîné avec l’assassin, le voleur avec le voleur, rien de mieux, du momentqu’on admet l’accouplement comme une nécessité. Mais au scélérat grossier, cynique,farouche, qui ne sait pas lire et qui a su tuer, qui a du sang sur les mains et desidées de sang dans la tête ; mais au misérable qui a traversé, le front levé et le riresur les lèvres, tous les degrés du vice et du crime pour arriver au bagne, et qui dubagne se fera peut-être un marchepied pour se hausser jusqu’à l’échafaud, unir, lanuit, le jour, partout, comme l’ombre au corps, le malheureux dont l’éducation esthonnête, dont la vie a été longtemps honorable, et qui n’a qu’une tache sur sonnom, tache d’encre, et non de boue ni de sang, c’est greffer un supplice sur un sup-plice, c’est dépasser les prescriptions de la loi. C’est pourtant ce que fait l’adminis-tration du bagne qui, en mariant des intérêts contraires, des natures antipathiques,espère neutraliser les tentatives de désordre, d’évasion, de révolte.
Les chaînes des forçats n’ont pas toutes la même longueur. De dix-huit, de trente-six ou de soixante-douze maillons, suivant les exigences du travail auquel on les ap-plique , elles sont attachées au martinet.
Les jours du forçat, contrairement au proverbe, se succèdent et se ressemblenl.Son existence tourne toujours dans le même cercle d’ennufë, de privations, de souf-frances. Les dimanches et les fêtes en coupent seuls de leurs longs repos, plus écrasanlsque le travail, l’éternelle et désolante monotonie.
Il y avait anciennement un aumônier au bagne, et l’on y disait la messe au moyen•l’un autel élevé tous les dimanches dans le pavillon du centre. Les rires, les blas-phèmes, l'attitude impie des condamnés pendant la cérémonie religieuse, l’ont failsupprimer, Nous ne savons si les mêmes scandales ont amené à lînchefort le même ré-sultat , mais à Toulon la messe se dit encore. Nous citerons même quelques passagesdu cantique que les condamnés y chantent depuis la visite que leur firent les mission -naires en 1828 ou 1829. Placées dans la bouche de ces hommes sans foi ni loi, les