Band 
Province. Tome premier.
JPEG-Download
 

LES BANQUÏSTES

i. n’y a rien de politique dans cel article : il n’a pourobjet que les saltimbanques de la rue, les charlatansdes pinces publiques : sauteurs, jongleurs, faiseursde tours, montreurs de curiosités, sauvages, nains,géants, hercules, prestidigitateurs, acteurs et direc-teurs de théâtres forains, vendeurs d’orviétan, arra-cheurs de dents, acrobates, tireurs de cartes; racevagabonde, race de bohémiens et de parias, qui courtles foires et les fêtes, saule, chante, danse, babille,bat la grosse caisse, mange des caillous, s’échine el s’é-cartèle pour Vesbatement de la population française.

L’usage a prévalu d’appliquer comme un outrage le terme de banquiste. Un dé-puté passe-t-il trop brusquement des extrémités au centre, on le traite aussitôt debanquiste. Un médecin court-il toute la journée en tilbury pour visiter les maladesqu'il n’a pas, les passants qu’il éclabousse disent : quel banquiste ! Un journal entre-prend-il le panégyrique du ministère qu’il dénigrait la veille, le mot de banquisteerre sur les lèvres des lecteurs. Un sectaire se proclame-t-il le régénérateur de l’huma-nité, ses concitoyens ingrats lui décochent l’épithète fatale. Bref, la qualification debanquiste se donne a des avocats, à des députés, a des savants, â des docteurs, 'a desacadémiciens, à des philosophes, a des administrateurs; et pourtant il est, parmiles banquistes, parmi ces gens dont le nom est une injure, des individus estimablesdans leur vil métier, honorables dans leur dégradation ; bons pères, bons époux, bonscitoyens, qui ne voleraient pas une obole, qui vivent en patriarches, qui demandent