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Province. Tome premier.
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LE CAPITAINE UK KO MM K H CK.

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vire n’a passé avec si peu d’eau: ce que vous demande/ est impossible. » Le capi-taine s’emporta, reprocha au pilote d’ignorer son métier et le piqua au vif. « Elibien ! vous verrez, reprit l’autre.; accordez-moi quelques minutes et nous appareil-lons. » A ces mois, il saute a terre, court embrasser ses enfants et sa femme et leurremet sa montre d’argent. Le temps était beau, nul ne soupçonnait le péril ; la capi-taine n’avait garde de divulguer la scène qui venait de se passer ; et, sous l’inlluencedes fumées du vin, débitait mille plaisanteries qui réjouissaient ses hôtes. L’on riaiton s’impatientant des retards multipliés ; le pilote ne tarda pas à reparaître et montah bord, grave, et résigné h ce qu’il prévoyait sans vouloir l’empecher. On leva l’an-cre.Une demi-heure après, l’Emilie avait péri corps et biens sans qu’une seule

des personnes qui sc trouvaient à bord pût être sauvée.

Pilotes, patrons au cabotage, capitaines au long cours; tous maîtres absolus à leurbord, tous ayant atteint, chacun dans sa sphère, le bâton de maréchal, ont encorecela de commun, qu'il leur a fallu passer par la même épreuve, par le rude noviciatde simple matelot â bord des navires de guerre. La marine marchande diffère es-sentiellement des autres professions, en ce qu’elle exige le dur apprentissage detoutes les fonctions subalternes. Le débutant dans la carrière n’y peut espérer uneposition en rapport avec la classe de la société à laquelle il appartient. La, plus d’é-cole de Saint-Cyr, plus de vaisseau 1 ’Orion : les capacités et l’inslruclion ne peuventsoustraire a la loi d’airain qui ne permet de se présenter aux examens qu’après avoirpéniblement servi dans la marine de l’état. Et quand un jeune officier du commercea enfin satisfait'a toutes ces conditions, un dernier obstacle, souvent infranchissable,se présente encore ; s’il n’a point de fortune, s’il ne peut prendre un fort intérêt surle navire, il échouera sans cesse dans la recherche d’un armateur et d’un comman-dement. Pour le jeune capitaine qui ne peut offrir de garanties plus positives queson zèle et son savoir, l’armateur, c’est un être de raison qui n’habite que dans Içschâteaux en Espagne, et dont la poursuite est un autre supplice des Danaïdes;>1 s’enfuit et s’échappe dès qu’on croit l’entrevoir : c’est un feu follet qui s’é-vapore, un fluide qui glisse entre les doigts. Il est aussi hérissé de refus qu'unministre; et pourtant, sans son concours, quelle espérance d’avenir peut-onconcevoir? N’esl-il pas le moyen et la fin, le moteur indispensable du système?Aussi, que de désenchantements cruels! Après avoir milité longues années, aprèsavoir enfin conquis le grade de capitaine au long cours, bien des jeunes gensûe mérite se lassent d’être constamment les asymptotes du commandement, des’en rapprocher sans cesse sans parvenir à l’atteindre, de ne jamais être réellementcapitaines de commerce; et, renonçant pour toujours à la marine marchande, essaient•le se créer une nouvelle existence. Ils s’efforçant, alors d’entrer dans la marine del’état comme enseignes auxiliaires, souvent comme simples chefs de timonnerie, afinde devenir officiers plus lard ; ou bien vont de colonie en colonie se livrer à l’exploi-lalion de quelque industrie secondaire qui leur vaut la dénomination peu flatteuse dePetits blancs ou de banians. Bon nombre d’entre eux s’offrent corps et âme, avecleur brevet et leurs espérances, 'a l’empire brésilien, au bey de Tunis ou au pacha'l’Egypte ; ' es-uns, heureusement inspirés, jouent aujourd’hui des rôles im-