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LIÎS CENS DE MEli.
que les Tropiques sont brûlants. Est-elle au contraire des rives de la Méditerranée,l’Océan est son antipathie. Lorsque son fils ou son mari doit partir pour Brest , ellene peut contenir sa douleur; mais s’il ne dépasse pas le détroit, elle ne s’effraie nides maladies épidémiques du Levant, ni des vents de mistral, ni de la navigationpérilleuse de l’Archipel . El qu’on ne se figure pas qu’elle a retiré directement cesconnaissances de son contact perpétuel avec les matelots : rarement de pareilles ma -tières sont le sujet de son entretien avec eux ; c’est entre elles que ces femmes serépètent ce qu’elles ont ouï dire à leurs pères ou a leurs enfants. Pendant les lon-gues absences des marins de leurs familles, elles se réunissent fréquemment et seforment ainsi un jugement arrêté sur tous les faits relatifs a la mer. Leur lieu derendez-vous est principalement la même pointe d’où les vieux matelots observentles mouvements de la rade. Chacune arrive de son côté : « L’on attend aujourd’huila belle Paumelle ', ou la Cibiadc. — Mon mari m’a écrit que la frégate arriveraitsûrement ce mois-ci.—Et mon petit qui rentre sur le brick qui vient là, ma chère •— Savez-vous la nouvelle, vous autres ? la Trente-six cote '■* qui est signalée dans legoulel, c’est moi qui suis contente !... » Le sujet se déplace peu à peu, sans devenupour cela moins maritime. Chaque jour la mer et les marins sont le texte de con-versations qui produisent à la longue une série d’opinions étranges. Ces croyancespassent de la mère à la fille, et s’accréditent si bien que les maris eux-mêmes nepourraient les déraciner s’ils l’essayaient ; mais le matelot n’a garde d’en prendre lupeine ; et mieux que cela, encore qu’il ait vu, sa crédulité naturelle lui fait souventadopter des contes insensiblement créés dans ces conciliabules féminins.
" La femme que nous dépeignons est nécessaire
ment née dans un port; il est rare qu’elle n’ait pa spour père un marin. Son enfance est dirigée uni
quement par sa mère; mais, en est-elle privée.
elle
vit sur le commun et trouve, sans les chercher,dix tutrices pour une. Bien de plus fréquent <l° ede voir cinq ou six enfants des deux sexes nourris,habillés, logés par une veuve de matelot ou unehôtesse de marins. Dès que la petite fille cornmence à grandir, elle est utilisée par sa mère ré'
éefic
de
ou adoptive , va aux distributions gratuitesbois de démolitions, fait les commissions à la <] ua
' . Ipg
rantaine, sert les matelots dans les auberges et
• l’(V
cabarets du port, et par suite n’a d’yeux et <•reilles que pour les vaillants fils de la mer-vertu ne résiste pas longtemps aux doux prop° sde quelque jeune gabier ; mais, pourvu que son amant porte le paletot et le chap ea
' l.a belle Paumelle—Melpoméne (la paumelle est un instrument de voilier). I.a Cibiade — 1AlC ', l ’^oii|s l.a Trente six core — la Terpsicliore. I.es mauvais plaisants, par allusion à la manière dont ceest estropié par les (Vînmes du littoral, disent le plus souvent : La Trente-six côtes.