272 L’ENFANT DE FABRIQUE.
tris, qui n’ont jamais connu la fraîcheur de la santé, un rachitisme complet, résul-tant d’un travail excessif.
Mais ce serait en vain que, pour éluder la répression de pareils abus, on invoque-rait la volonté ou l’intérêt des manufacturiers qui pourraient, par des considérationsmatérielles, perpétuer l’exploitation des jeunes ouvriers. Disons, à la louange desindustriels français , que, pour la plupart, ils s’accordent à reconnaître les funesteseffets de l’application indiscrète et prématurée des forces de l’enfance aux travauxmanufacturiers; plusieurs d’entre eux réclament vivement la loi qui doit mettre unterme à l’oppression d’une classe sans défense. Ils ont senti qu’une juste répartitionde la quantité et des heures de travail offrira même à leur industrie des garanties pourl’avenir. Ils pourraient désormais choisir les agents de leur fabrication non plusparmi des êtres affaiblis et démoralisés avant l’âge, mais bien dans une populationnon moins robuste, non moins énergique, que celle de nos districts agricoles.
Quant à la question fiscale, et à l’avantage direct que les fabricants pourraient re-tirer de la substitution des enfants aux ouvriers adultes, l’expérience des faits sembleconcourir avec la moralité du principe en faveur de l’émancipation des ouvriersmineurs. Ainsi, pour choisir nos exemples dans Paris même, nous dirons que deuxfabriques situées rue de Vaugirard emploient, l’une, des enfants mêlés à des adultes,et l’autre, des adultes seuls. Le directeur de celle où les enfants sont employés déclare(pie ses bénéfices ne sont ni plus ni moins élevés que s’il n’admettait que desadultes. Le rapport entre les salaires et le produit de la fabrication est le même entreles deux manufactures, ce qui prouve qu’on se fait souvent illusion sur les avantages(pie présente l’emploi de l’enfance dans les fabriques. Les femmes, qui ne reçoivent unsalaire guère plus élevé que les enfants, travaillent avec beaucoup plus de célérité etd’attention : aussi sont-elles admises de préférence par tons les manufacturiers quiont observé à fond les mœurs de leurs ouvriers. On est donc forcé de reconnaître quecelte exploitation des enfants, qui produit de si tristes résultats, n’est, dans beaucoupde pays, ni une exaction volontaire, ni l’effet du calcul: c’est simplement affaire detradition et de routine.
Nous terminerons ce que nous avions adiré sur le jeune ouvrier de Paris en rap-pelant qu’il résulte, de renseignements recueillis dans les bureaux de la préfecture dela Seine, que, pour les cas de réforme, les arrondissements manufacturiers l’emportentde près du double sur les autres. Il faut citer surtout le douzième arrondissement, oùl’on trouve tant de causes de démoralisation et de mortalité, puis les sixième et sep-tième, où l’entassement de la population dans des ateliers étroits et souvent infectsoffre tant de prise aux épidémies. Le dixième arrondissement, qui est, comme onsait, celui où la santé publique est incomparablement la meilleure, ne contient quefort peu d’ouvriers, et est, en général, le centre des existences retirées, soumises auxlois d’un bien-être modeste qui se trouve à la fois à l’abri des exigences du besoinet des dissipations du monde. Il n’est malheureusement que trop vrai que, dans pinsd’un quartier des capitales, la conservation des individus est en raison inverse de l’ac-tivité et des fatigues matérielles.
Il nous resle maintenant à parler des enfants employés dans l’industrie dite mêlai-