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Province. Tome premier.
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L’ENFANT DE FABRIQUE.

(luise propreté qui annonce l’ordre et les bonnes mœurs. 11 est d’usage en hiver queplusieurs familles se réunissent autour d’un même poêle et d’une même lampe; lesenfants surtout participent aux bienfaits d’une pareille existence. Que l’on compareleur destinée à celle des jeunes ouvriers français , qui n’ont souvent jamais connud’autres réunions de famille que celles du cabaret; qui n’ont entendu, en fait d’in-struction morale, que les propos grossiers ou les jurements des fileurs ; et qu’on dises’il est permis de laisser subsister plus longtemps les abus de la vie de fabrique chezun peuple qui se pique à bon droit d’être, sur tant de points, essentiellement civi-lisateur.

Ajoutons enfin que les ouvriers de Zurich sont presque tous propriétaires de lamaison qu’ils habitent, et du petit champ qui en dépend. Il en est fort peu qui nesachent lire, écrire, et cela dès leurs plus jeunes années. — Mais, dira-t-on, ces ou-vriers sont sans doute beaucoup mieux payés que les ouvriers français : la différencedes salaires produit la différence des mœurs et du genre d’existence. Hâtons-nous derépondre que l’industrie française, au contraire, offre à ses ouvriers des salairesbeaucoup plus élevés que l’industrie suisse , ce qui confirme l’opinion que nous avonsprécédemment émise sur le rapport des gains avec la moralité des ouvriers. Lesartisans suisses ont le bon esprit de ne pas adopter la filature ou le tissage exclusi-vement, et de se réserver les ressources de l’agriculture. Cette intelligente combinai-son les met en garde contre les pertes que pourrait leur occasionner la suspensiondes travaux. Ils sont en cela'plus prévoyants que nos ouvriers français , qui ne consi-dèrent guère que le chiffre présent du salaire qui leur est offert, sans s’inquiéter desépoques de chômage. Ce mélange de travaux agricoles et manufacturiers a de plusl’avantage d’inspirer aux ouvriers zurichois l’amour de la propriété; ce champ, qu’ilsarrivent tôt ou tard à posséder, devient l’unique objet de leurs efforts et de leurs vœux.L’institution des caisses d’épargne est depuis longtemps mise en vigueur dans cecanton; elle n’a pas rencontré les mêmes résistances qu’en France , où la plus grandepartie de nos ouvriers ont craint et craignent encore maintenant de recourir à cemode de placement, de peur de révélera leurs maîtres les bénéfices qu’ils ont puréaliser et les économies qu’ils ont faites; ce qui, suivant eux, ne peut manquer defaire tôt ou tard baisser le tarif des salaires.

Quant aux jeunes travailleurs, et aux précautions qu’il convient de prendre poul-ies protéger contre l’oppression des fabriques, il en est une qui a déjà été mise àexécution en Angleterre, en Prusse et aux Etats-Unis , et dont nous ne saurions récla-mer trop vivement l’application à la France ; nous voulons parler de la créationd’inspecteurs spéciaux des fabriques, qui deviendraient une garantie de protectionpour l’enfance pauvre et exploitée. Nous ne ferons, du reste, ici que nous associer auxvœux des hommes honorables et zélés qui ont déjà réclamé une semblable institution.Ces inspecteurs seraient chargés non-seulement de protéger les jeunes ouvriers contreles mauvais traitements, l’excès de travail, mais aussi de surveiller leur perfection-nement moral et la culture de leur intelligence. La classe riche et éclairée serait ainsireprésentée près des classes pauvres et souffrantes, et ne serait plus du moins soli-dairement responsable de leurs vices et de leurs désordres. « La société, dit M. Gillet,