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LD MISSIONN AII1D.
mile ii perdre, un chrétien le conduisit sous un épais buisson. Il fui obligé de resterla au milieu (lu quartier général des soldats, dont il entendait les moindres paroles;toutefois, entouré de baies comme il était, on ne pouvait ni l'apercevoir ni l’atteindre.
Le clief de l’expédition voulait il toute force faire une riche capture, ou extor-quer de l’argent aux habitants. Il lit saisir le principal habitant qui était chrétien, etle lit cruellement battre de verges. Vaincu par la douleur, celui-ci finit par décou-vrir l’asile du père. 11 fut donc pris et conduit devant le mandarin, garrotté avec deslianes ; pour lui enlever la possibilité de s’évader, on le mita la langue; cet instrumentn’est point au Tong-King semblable il celui de la Chine : la eangue tong-kinquoiscn’est point une large table carrée qui ôte toute communication des bras à la tête, cesont simplement deux longs morceaux de bois liés par quatre tringles, dont deuxresserrent le cou, et deux unissent les extrémités.
Le père Cornay, quoique captif, avait le visage riant; il se mit il chanter dansun livre de plain-chant, ce qui divertit fort les soldats, peu accoutumés à ces airs sidifférents des leurs. Pendant ce temps le village était mis au pillage. La nuit vint,pour prendre un peu de repos, il appuya sa eangue a terre, un bout relevé sur untertre, alin de rejeter son bras par-dessus, mais il ne put dormir, et au lieu de selivrer aux réflexions que devait lui suggérer son sort, nous lisons dans ses lettresdes réflexions fort touchantes sur la rigueur de la discipline militaire. « Au pluspetit signe du commandant on les jette à terre, dit-il, en parlant des soldats, etliion les frappe jusqu’à ce qu’il dise : Assez ! » Celui qui va subir les tortures s’apitoiesur un soldat qui reçoit quelques coups de fouet! Plus loin il ajoute : « Ici les fac-tionnaires ne changent pas d’heure en heure comme en France ; les sentinellesveillent toute la nuit sans être relevées, lin gros tambour est suspendu sur unpiquet, on en frappe de temps en temps un coup, et tous les postes répondent enfrappant aussi en cadence deux petits bâtons sonores, et en lirant quelques sons d’uninstrument à cordes. » Ne dirait-on pas un voyageur qui écrit ses mémoires tran-quillement assis au coin de son feu?
Le lendemain le missionnaire fut délivré de la eangue et enfermé dans une cage,dans laquelle il pouvait s’étendre, et se mettre à l’abri des coups qu’on distribuaità tout venant. Dans cet intervalle les officiers examinèrent les effets saisis, ils accor-dèrent aux instances du prêtre six volumes qui se trouvaient devant lui. Interrogésur leur usage, il répondit que c’étaient des livres de prière, et qu’il s’en serviraitpour prier pour eux. Là-dessus, prenant les Évangiles, il se mit à expliquer ce traitde la Passion où il est dit que Jésus fut conduit devant Pilate ; puis ouvrant l’Imita-tion, il leur expliqua ce passage qui s’offrit à lui par hasard : « Si vous vous réfu-giez dans les blessures de Jésus-Christ, vous en ressentirez une très-grande forcedans la tribulation, vous ferez peu de cas du mépris des hommes, et vous suppôt-terez facilement leurs médisances. »
Voici comment M. Cornay raconte son trajet jusqu’à la capitale :
« On se remit en marche au point du jour. A tout instant mes porteurs étaientobligés de courir pour se mettre au train des soldats, sans pouvoir s’arrêter à boireun peu d’eau pour se rafraîchir. Quoi qu’il en soit, ma marche était en un sens très-