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Province. Tome second.
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LE LIMOUSIN .

Souvent, le jour ou la nuit, sous la voûte brûlante d’un ciel d’été, ou par 1°froid piquant de l’hiver, iis vont à cheval porter le viatique aux mourants- Lebedeau chevauche derrière le curé, et agite de temps en temps une sonnette, P ouravertir les passants qu’ils aient à se prosterner. C’est ainsi qu’ils traversent solen'nellement les bois silencieux et les tristes bruyères, soutenus dans leur péniblemarche par la pensée de consoler un chrétien à l’agonie.

« La plupart des fermes sont tellement éloignées de l’église, et les chemins si P e "praticables, qu’on emploie, en guise de corbillards, des charrettes oblongues con-struites au moule de nos sentiers creux et encaissés. On y attelle, suivant la qualitédu défunt, deux ou quatre bœufs, que l’on dirige avec une longue gaule ferrée,appelée aignillnilo ; on pose le cercueil à plat au fond de la voilure, sur laquelleon jette parfois un drap noir; et les parents, la tête nue, suivent avec recueillenie" 1cet étrange convoi.

« Quoique appelés par eux-mêmes à juger de l’utilité des roules, les curés limou-sins en voient de nouvelles s’ouvrir avec une sorte de désespoir. Dans les village®écartés, les laboureurs assistent dévoiement à la messe, debout dans le chœu r elpsalmodiant les répons, tandis que les femmes, immobiles el agenouillées dans lanef, comptent par une prière chaque grain de leurs chapelets. Mais, au bord dé-routés nouvelles, s’établissent de séduisants cabarets; on s’y arrête pour cause'd’affaires en attendant l’heure de l’office; les cloches linlent, et les verres aussi; etdans cette rivalité de sons, l’un sacré, l’autre profane, c’est presque toujours le der-nier qui l’emporte.

« Une grave question divise le clergé de nos campagnes : Faut-il prêcher e "français ou en patois? « Comment voulez-vous, disent les partisans de l’idiome pro-vincial, que vos ouailles prolitent de sermons qu’elles entendent a peine? la lang« cnationale est répandue dans la Corrèze , mais elle est encore imparfaitement bé-gayée dans les solitudes du haut Limousin . — Raison de plus, répliquent les gal-licistes, pour la propager du haut de la chaire en même temps que la parole deDieu . Développons l'intelligence du peuple tout en le moralisant, et qu’on ne so' 1plus réduit a faire plusieurs lieues dans la campagne pour trouver un lionU " 1,capable de lire un acte et d’apposer au bas sa signature. »

— Je serais de l’avis de ces derniers. Au reste, ce patois, malgré la lenteur du

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du fermier avec lequel vous avez causé, ne m’a point semblé dépourvu d'harmonie-

— Il est rapide, animé, dans la bouche des Corréziens; ayant été peu écrit elaffranchi de règles fixes, il a presque autant de variétés que l’on compte de canton®'C’est un mélange de langue celtique et de latin.

— Il me paraît avoir de l’analogie avec les autres dialectes méridionauxlangue espagnole.

— En effet, les prisonniers espagnols envoyés dans nos départements l’onl c<),npris de prime abord. J’ai connu, sur la roule de Saint-Maurice à la Roche-l’AbciH f 'un vieillard qui prenait soin de mon cheval pendant que je faisais halte à la P° |l<d'une auberge; je conversais fréquemment avec lui, et ce fut au bout de troisseulement que j’appris qu’il était d’Urgel en Catalogne .

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