1.15 PICARD.
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une voix lamentable invitait les gens qui dormaient h prier pour les trépassés. Anreste, plusieurs habitudes des campagnes rappellent encore l’ancien régime et lelemps des seigneurs. La physionomie des villages ne s’est pas rajeunie, et les châteauxnombreux sont debout pour la plupart. Sans parler de ceux de Picquigny , de Haniet de Péronne, si célèbres dans l’histoire, on remarque celui de Boves , où demeuraitGabrielle d’Estrées ; celui de Heilly, qui ressemble à une petite bastille ; celui deFolleville, que surmonte une tour de cent pieds de hauteur, et celui de Rambures ,forteresse conservée comme au moyen âge, avec tout son mobilier de guerre. Lepropriétaire actuel de ce vieux donjon y vit comme un baron du quatorzièmesiècle; il pourrait, au besoin, soutenir un siège. Cependant il paye ses contribu-tions comme un bon bourgeois, et on ne dit point qu’il ait fait pendre le percep-teur au sommet du créneau.
On parle dans ces contrées un patois qui ressemble assez a du vieux français , etle Picard, dépaysé, conserve un accent traînard un peu analogue à celui des Bres-sans. Nous avons copié un échantillon des patois picards, lequel dépeint â la foisle naturel, l’esprit et les mœurs de la province, d’une manière si complète, que nousn’hésitons pas a le transcrire ici.
A U N K MAROUISE Ql I VEXAIT VISITEE SA TEIIIIK.
Oui, je venons itout vous présenter in'n'hoiiiniagr ;
Quant à l’égard que d’Io si j’vous parlons picard,
Chcst que d'ell varilai chest cil' pus franque image ;
On ne connaît dieux nous ni goguettes ni fard.
Tenez, chu part d’iqui. Bayez donc, bel]’ marquise,
Comme tout in chacun vous r’Iuque et vous ravise,
Comme ches tiols guère lion s accouricnt apris vous,l criouent, i rioueut, i gambadouent tertousOh ch'est qu’on est bian aise ; et pis ch’est que, Princesse,Ed vous voir à Bailleu était enn’ allégresse !
Ej’ partigeons ell’joie. AU’ nous aime os l’aimons.
Ail’ n’est point tiare in brin ; ail’ pourrait l’être, sucre !
Os soinrn’ tous ess’ inlins, ail’ est not’ mère émons?
Boine comm' du pain tenre, et douche comm’ de clmrre ;Dam : ch’est cm’ maraine, et inossieu nun parain,
F.I nous, sous vot’ respect, ej’ sommes leu tiliote.
Et v'to qu’lout-in-queup, j’ons fait enn’ capriolePor afin d’vous bailler ech’ brinot d'roumarin ;
Tons pris cbell’ libarté que d’y joindre enrie rûse,
Et pis not’ choeur avue; mais cho n’est point grind chose.
Ces pensées, assurément, sont gracieuses, point grossières, et on y trouve à la foisla franchise et la galanterie françaises.
En résume, le caractère du Picard est digne d’intéresser l’observateur, le niorn-