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Province. Tome second.
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LE POITEVIN.

au dedans, assaillie au dehors, lâcha quatorze armées sur ses frontières, battit lesmeilleurs soldats du monde et fit trembler l’Europe , que dire de cette armée depaysans sans armes, sans pain, sans discipline, qui fit trembler celte république elle-même , défit ses bataillons vainqueurs, brava ses échafauds, fatigua sa rage, et qui,réduite a une poignée de fugitifs commandés par un héros, lui dicta des conditions etlui imposa une capitulation honteuse?

Aujourd’hui, il ne reste plus de traces, du moins eu apparence, de cette effroyableguerre et de ses dévastations : ces villes, ces champs, ces bourgades, que la flammerévolutionnaire avait dévorés, dix ans suffirent pour les faire refleurir. Ces recon-structions commencèrent à dépouiller la Vendée de ses bois : on n’y voit plus à pré-sent que des taillis à la place des futaies. Quelques manufactures y prospéraientavant la révolution, elles n’ont repris que faiblement depuis les désastres de 95.Quoi qu’il en soit, l’administration a beaucoup fait pour la Vendée . On a frayédes routes, abattu des bois, comblé des fossés, défriché des landes, établi des com-munications et bâti des édifices publics. Nous laissons à décider si l’on cherche "adésarmer ce pays plutôt qu’à lui être utile.

Ce qui étonne profondément, c’est la tiédeur que le pouvoir royal une fois rétablimit à reconnaître les services delà Vendée ; elle n’obtint pas même cet honneur qu’elleavait tant désiré, de voir le prince entouré d’une garde vendéenne ; à peine quel-ques vieux officiers furent-ils appelés autour du trône. Mais il appartient à de pareilsdévouements de n’être pas ébranlés même par l’ingratitude. Et quand on demandaità de vieux paysans ce qu’ils avaient pensé en se voyant si mal payés, et surtoutdépouillés de leurs armes d’honneur, ils répondaient : « Nous ne nous sommes pasbattus pour être récompensés, mais pour qu’on pût dire plus tard, en nous voyantpasser : Voilà un homme qui a bien fait. » Cathelineau , le fils du grand Calhelineaului-même, n’était que simple lieutenant dans la garde royale quand éclata la révo-lution de -1850 ; et, comme s’il était dans la destinée de ce sang précieux de se ré-pandre jusqu’à la dernière goutte pour la môme cause, ce Cathelineau tomba percéde balles, sur ce même sol de la Vendée , dans les nouveaux troubles de -1852;digne enfant dont on a pu dire comme de son père cette phrase, où la pieuse naïvetédu paysan s’élève jusqu’au génie littéraire : « Le bon Cathelineau vient de rendre àDieu la grande âme que Dieu lui avait donnée pour venger sa gloire. »

Mais quoi, ne fallait-il pas compter les officiers et les soldats de la grandearmée catholique pour rappeler tous les braves et grands hommes qui out illustréla province? Le courage et le dévouement sont naturels sur cette terre ; elle adonné des héros à tous les temps, à tous les partis, et qui sait où s’arrêteront lespreuves de son inaltérable fidélité? Le prince Eugène de Beauharnais était Vendéen;et, dans ces derniers temps, c’était encore un Vendéen, un vétéran des armées royales,ce vieux marquis d’Autichamp, gouverneur du Louvre, qui, voyant crouler encoreen 1850 le trône de ses maîtres, se fit porter dans son fauteuil sur le faîte du palaiset voulait, ne pouvant combattre, mourir du moins sous les balles des insurgés.

ÉDOUARD OURMAC.