CHAPITRE III.
131
que pour Malimoud. Méhémet-Ali, à Constantinople , n’eûtdonc été, quoi qu’on en ait pu dire, qu’un homme pleinde vie à la tête d’un empire mort.
L'empire ottoman ne pouvant subsister, venait laquestion du partage. Mais ce partage aurait-il pu se fairesans injusticcPOui. Car, où les Turcsavaient-ilspuiséleursdroits de souveraineté sur les provinces occupées par eux: 1Dans la conquête. Or, la conquête ne se légitime qu'eueffaçant ses violences par ses bienfaits. Lorsque le peupleconquérant n’a pas su s'assimiler les races conquises enleur faisant aimer sa civilisation ou en acceptant la leur,sa domination reste à l’état de tyrannie : forte, qu'on lasubisse, ce sera bien; faible, qu’on la renverse, ce seramieux. Les Turcs avaient-ils cherché à effacer entre euxet les populations subjuguées la ligne de démarcationtracée par la victoire? Loin de là : ils n’avaient songé qu'àrendre permanente la brutalité originaire de leur con-quête, refusant aux peuples qu'ils avaient soumis l égalitédes'droits civils et politiques, les traitant d’infidèles, lesfoulant aux pieds comme des vaincus. C’en était assezpour justifier l’intervention de l’Europe occidentale, d'au-tant que l’Europe était chrétienne, et qu’en dépossédantles^seetateurs de Mahomet , elle affranchissait en Orientles adorateurs du Christ.
La dépossession des Turcs était en outre réclamée parle plus profond et le plus sacré des intérêts de la civilisa-tion. En effet, 17 millions d’hommes épars sur 86 millelieues carrées, voilà ce qu'était la Turquie d’Europe etd’Asie , 97 millions d'hommes resserrés dans un espace demoins de 86 mille lieues carrées, voilà ce qu’étaient laFrance, l’Angleterre, l’Espagne, la Belgique et la Suisse