Il
AVERTISSEMENT.
L’histoire générale se composant de tableaux à grands traits, il est aisé d’yprésenter les opérations de plusieurs armées dans un même cadre ; là , m illecombats glorieux sont omis, et une bataille qui décida du sort d’un empire yoccupe à peine quelques lignes, sans aucun des détails propres à faire jugerles causes de la défaite ou celles de la victoire. Une relation didactique tombeforcément dans un défaut contraire ; pour mettre le lecteur en situation de biencomprendre les chances des deux généraux, il faut retracer leurs lignes d’opé-rations , récapituler les obstacles qu’ils ont eu à vaincre, et les moyens dont ilspouvaient disposer à cet effet ; enfin, pour comprendre les manoeuvres d’unearmée, il faut la suivre pas à pas durant toute une période de la campagne,sans faire courir son imagination d’une extrémité de l’Europe à l’autre.
Le narrateur ne saurait être présent qu’à une armée et à un combat à lafois; il lui serait impossible de quitter les colonnes dont il trace les mouve-ments, dans le but d’être à tout et partout. De là provient la difficulté pourun écrivain militaire de donner à ses récits, la chaleur, la rapidité et la vie,qui plaisent à juste titre à tous les lecteurs ; à moins qu’il ne veuille abandon-ner la marche didactique, pour tomber dans celle des brillantes fictions.
La coupe de l’ouvrage a obvié autant que possible à ces inconvénients : ona réuni toute une période dans un même livre, divisé en autant de chapitresqu’il y eut d’armées isolées. Lorsque les événement furent tellement combinésque plusieurs armées y prirent part à la fois, il a fallu alors s’écarter de lamarche adoptée, pour présenter dans un seul chapitre tout ce qui concourut àune même opération.
Quant aux principes qui m’ont guidé, je me réfère à ce qu’en dit l’introduc-tion. Né et élevé dans une république, j’ai regardé longtemps les maximesdémocratiques comme les seules capables de faire le bonheur de l’espèce hu-maine ; et, en 1813, j’étais encore à ce sujet dans toutes les illusions du jeuneâge. Une étude plus approfondie de l’histoire m’a convaincu que les nations du'premier rang ne sauraient prospérer de nos jours sans une grande fixité dansles pouvoirs ; en modifiant ainsi mes idées, je n’ai cédé qu’à ma propre expé-rience; aucune autre considération humaine n’eût été capable de me faire va-rier dans mes principes; et j’ai donné trop de preuves de l’indépendance demon cai’actère, pour ne pas être cru sur parole.
La tâche que je me suis imposée est difficile, presque tous les grands acteursde ces scènes importantes sont vivants : je n’en dirai pas moins mon opinionavec la franchise d’un soldat ; écrivant pour l’art, mon intention n’est de louerni de blâmer personne.
Je dois cependant à l’impartialité que je professe, de prévenir mes lecteurs,que plusieurs des observations critiques répandues dans cet ouvrage pour-