ao4 ESSAI HISTORIQUE
un tableau imaginaire et enchanteur. Jusqu’à ce quel’expérience vienne dérouler un plan plus véritablede la guerre de nos jours, au moindre bruit, à lamoindre halte , il croit voir l’ennemi en bataille surdes rangs bien alignés , lui disputer le passage ; il faitses dispositions d’attaque , son courage s’enflamme.Animés par son exemple , ses braves soldats qu’ilprécède, tantôt s’enfoncent dans les rangs des en-nemis , baïonnette en avant , et leur font mordrela poussière ; tantôt , s’avançant jusqu’à la pluscourte portée de fusil, il commande un feu si biendirigé, que les premiers rangs tombent comme frap-pés par la foudre. La bataille n’est plus incertaine ;nous sommes les maîtres du champ de bataille ; toutretentit des cris de la victoire ; il l’a décidée par soncourage ; il la rend complète par son ardeur à suivreles fuyards ; il disperse un corps de réserve, prenddes drapeaux , des canons, le colonel, le généralennemi, et revient auprès de son commandant avecde si brillants trophées ; il les lui présente avec cettemodestie qui relève encore les belles actions ; il estcomblé de louanges, porté à un grade supérieur ; lespapiers publics répètent à l’envi ses hauts faits , etson vieux père , en les lisant, pleure de joie, re-mercie le ciel de lui avoir donné un fds qui, si jeuneencore, honore ses cheveux blancs. Sa tendre mère,faisant trêve à ses alarmes , sourit de l’orgueil mater-nel, et sa jeune et douce amie , fière d’un tel amant,ne rougit plus de son amour , et commence à s’ho-norer de son nom. Que de tels pensers abrègent bien